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Au commencement de l’écriture, nait une émotion

Au début de l’écriture, la personne est prête à accueillir. Elle se doit d’être disponible pour faciliter le processus créatif. Cette première étape nécessite une attitude empathique. On reste ici à l’écoute de soi et des sensations qui nous envahissent.
Une émotion émerge à la conscience et ébranle l’organisme. L’attention est diffuse, éparpillée. Celui qui écrit se doit de se mettre à l’écart de ses habitudes logiques de pensée, de sa raison.
Sa conscience est moins attentive à ce qui se déroule à l’extérieur. D’une certaine manière, la personne se retire de l’espace, du temps qui passe. Elle est à la fois distraite et concentrée sur une impression.
Durant cette période, celui qui écrit est plus à l’écoute de son univers intérieur, il se détache pour que naisse en lui, cette expérience émotionnelle. Cette image demande de la neutralité et l’effacement au monde.
Celui qui écrit est fasciné par quelque chose qui le touche, une émotion toute proche. Cette émotion le saisit, l’englobe et le touche profondément, mais il sait aussi garder ses distances. Ce qu’il voit, il ne le voit pas au sens littéral mais cela l’étreint profondément.
Par la suite, on se laisse complètement envahir par cette émotion pour mieux la ressentir. On reste en contact avec son expérience émotionnelle . La solitude fait partie inhérente de cette étape, car la personne a besoin de se retirer partiellement de tout ce qui l’entoure.
Ici, on plonge dans ses profondeurs pour immerger dans ce bain émotionnel. Cette expérience rappelle celle du spéléologue en quête de rivières souterraines ou d’un plongeur qui va découvrir les abîmes de l’océan.
Dans ce bain océanique, on vit en suspend, les frontières et distinctions de la réalité disparaissent.
Peut-on comparer cet état océanique à une expérience quasi religieuse où la personne a le sentiment de ne faire plus qu’un avec l’univers ? Peut-être ? Au cours de l’expérience religieuse, certains parlent d’un sentiment océanique, d’un moment où l’existence individuelle n’est qu’une goutte d’eau perdue au fond de l’océan.
En tout cas, dans ce rendez-vous d’écriture, l’émotion qui vient d’émerger s’installe au centre de la personne.
On consent à se laisser envahir, immerger par une étincelle, une vision créatrice.
On flotte dans un espace-temps particulier, son espace-temps de liberté. Comme pendant les autres étapes, ce moment est fragile. Il faut savoir se préserver.
Dans ce sanctuaire d’écriture, la solitude et le silence sont les deux compagnes imposées.

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4 réflexions sur “Au commencement de l’écriture, nait une émotion

  1. Permettez-moi : j’étudie depuis quelques années la nature matérielle de l’écriture. À l’instant même, je lis l’extrait qui suit, tiré de l’essai de Clarisse Herrenschmidt, Les trois écritures, Gallimard, 2007, page 421/2.

    « Qu’est-ce qu’écrire avec ces invraisemblables machines — auxquelles l’auteur de ces lignes voue une sorte de passion ? C’est travailler — avoir mal aux yeux, aux épaules et aux bras, au dos, puisque « travail » est synonyme de souffrance –, exprimer son désir, stocker, conserver et ouvrir sa cassette à signes. Entre mémoire et présent, c’est étrangement colorer le temps du Moi, assister au conflit et aux épousailles de l’instant et de la durée. C’est sans doute expérimenter, sans le savoir le moins du monde, une sorte d’excitation qui proviendrait de l’écran et de sa particulière luminosité. »

    Je remarque que vous signez votre texte avec une main qui s’apprête à déposer sa plume sur du papier.

    Madame Herrenschmidt poursuit en soulignant que cet énervement et plaisir existait déjà au moment où le scribe inscrivait ces signes cunéiformes sur une tablette d’argile, et que ces états demeurent avec les alphabets. Qu’en est-il aujourd’hui ?

    Nos textes, qui rendent toujours visible une parole ou une pensée, doivent aujourd’hui passer par le tamis des langages invisibles et artificiels des machines.

    Sans vouloir vous en imposer, je serais curieux de connaître votre avis sur cette question de la médiation qu’opèrent les instruments dont nous nous servons pour écrire. L’expérience est-elle la même ?

    Nonobstant ce questionnement, la lecture de votre texte me ravit, comme toujours, à chaque occasion où que je les lis sur mon écran.

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    • Difficile de vous répondre, Fernan,
      L’écriture est une bien étrange pratique. De la plume au stylo, du papier à l’ordinateur, cette évolution n’est t’ elle pas irréversible ? Les nouvelles technologies bousculent bien des pans de nos sociétés et induisent peut-être de nouvelles pratiques de l’écriture. Faut t’ il s’en réjouir ou le déplorer ? Je ne sais … Il est à espérer que dans ces nouveaux gestes d’écrire, derrière un écran,certains gardent encore le même plaisir d’écrire , de se révéler.
      De nouveaux rituels se mettent en place peut-être devant l’ordinateur. Ainsi si je regarde les réflexions de Clarisse Herrenschmidt, l’écran, par exemple, pourrait présenter un caractère hypnotique.
      Il n’empêche, quelque ce soit le support, différents éléments rentrent en jeu dans l’écriture, différentes étapes se mettent aussi en place pour le processus créatif.
      Merci de votre passage et commentaire très instructif

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