Seule la poésie

Seule la poésie nous prend, nous élève
Loin des contingences de la terre
Loin des violences qui nous étranglent
Victimes et coupables ensemble

Une abeille meurt d’un pesticide
Un ours crève sur la banquise
Pour une belle et gazeuse cylindrée
Une usine qui rejette ses saletés

On se félicite d’apercevoir
Une naissance dans un zoo, un parc
Un panda sous les projecteurs
Sa vie est pourtant ailleurs

Seule la poésie nous racontera
Le monde ancien qui n’existe pas
Où l’oiseau disparu picorera
Où la baleine dans l’océan sautera
Mais nous est-ce que l’on survivra ?

 

 

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La caresse d’un mot

Il se love bien au chaud
Dans le ventre qui l’abrite
Puis, remonte vers la gorge
Pour finir sur les lèvres
Un mot
On le murmure dans un temple
Sur un lit de douleur, en prison
On le répète pour conjurer le sort
Il s’appelle Dieu, amour, liberté
Le mot

Il caresse doucement la peau
Avec une infinie délicatesse
Frissonne derrière l’oreille
Et soupire presque d’aise
Un mot
Il vole comme une bulle dans l’air
Rejoint dans le ciel l’oiseau
Pour dessiner arabesques aériennes
Qui échappe à notre vie terrienne
Le mot

Il s’inscrit avec rage, un tag
Qui vomit toute sa hargne
Sur le mur de la ville
Un cri tracé à la bile
Un mot
Il se tape d’un pouce rapidement
Sur un Smarphone, un écran
Parenthèse avec cet autre
Qui nous manque tout le temps
Le mot

Au commencement était le mot
Il diffuse sur nous sa lumière
Donne à la poésie sa raison d’être
Éclaire nos vies inutiles
Sans mot
Je cherche maintenant pour vous
Le plus exact, le plus adéquat
Mais en toute modestie, je sais
Que vous le trouverez, à ma place
Le dernier mot

 

 

 

Comme en écho

Comme en écho
Je te parle
Dans le silence
De l’été chaud
Un vide répond
Qui me tord
Les entrailles
Les boyaux

Comme en écho
Je te murmure
Mes maux lourds
De solitude
De ton absence
Qui toujours dure
Dans l’infini
De mes jours-nuits

Comme en écho
Je serre ta main
Brûlante, agonisante
Je pleure encore
J’attends encore
Ton dernier soupir
Il va venir
Dans mes yeux aussi

Comme en sursis
Je respire, je vis
Pour la cime de l’arbre
Le chat qui se prélasse
Un livre sur la table
Un ami qui m’appelle
Comme en écho à toi
Je survis