L’inconsolable et autres impromptus de André Comte-Sponville

Je remercie Mass critique de Babelio et les Éditions PUF pour l’envoi de ce livre. Ce recueil comporte 12 articles sur des sujets variés. Ils sont issus de différentes contributions de l’auteur à des revues et n’ont pas de thème général bien défini. Peu habituée à lire de la philosophie, je suis entrée dans cet ouvrage avec curiosité. Si j’ai découvert certains articles avec plus d’intérêt que d’autres, j’ai apprécié la plume limpide de André Comte-Sponville, le cheminement de sa pensée. On y aborde la consolation, la joie de vivre, l’ennui à l’école, Beethoven, le poète Laforgue, les droits des animaux, la Nature, l’isolement, Althusser….
L’auteur s’accompagne des textes des philosophes. Il fait souvent référence à Montaigne, Pascal, Spinoza et bien d’autres pour approfondir, rebondir, à la recherche de la vérité. Dans le premier article, il décrit la douleur et la difficile consolation. On trouverait ainsi plus de réconfort de la part de personnes moins proches de son malheur que de ceux qui le partagent avec nous. Au fur et à mesure de ma lecture, j’ai ressenti un certain désespoir, une certaine noirceur de la condition humaine dont il faut peut-être s’accommoder.
En ce qui concerne l’éducation, l’ennui à l’école ne doit pas être considéré comme un frein à tout apprentissage, mais comme un moteur à toute réussite. Plus loin, le philosophe réhabilite Jules Laforgue, poète touchant et modeste, tombé dans un possible oubli. André Comte-Sponville raconte aussi ses souvenirs avec l’un de ses maîtres Althusser, il revient sur cette amitié, préférant le ton de l’intime, des confidences empreintes d’émotion. Il lui reste beaucoup de respect envers son œuvre continuant de trouver son éclairage toujours important.
Dans sa préface à un livre concernant SOS Amitié, il nous rappelle que la solitude n’est pas l’isolement, que ce dernier est peut-être le plus pénible, le plus douloureux à vivre. L’écoute, cette attention à l’autre devient alors un moyen de mieux supporter les vicissitudes de l’existence. Plusieurs articles sont aussi très intéressants, je pense à celui consacré aux droits des animaux et surtout aux devoirs de l’homme envers eux . À chacun de puiser dans ses impromptus, de suivre le chemin de l’auteur.

À la fin, le philosophe revient sur la notion du temps et nous donne une belle définition : « Mais le passé n’est pas, puisqu’il n’est plus. Ni l’avenir, puisqu’il n’est pas encore. Il ne reste donc que le présent. » Cet instant et son éternité dans lesquels nous vivons tout entier.
Épouser seulement ce doux présent, l’inscrire à l’infini dans le temps.

 

L’inconsolable et autres impromptus d’André Comte-Sponville aux Éditions Puf

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À la faveur

À la faveur d’une vie
Dans la chambre, un premier, un dernier cri
Près de soi, un enfant que l’on chérit
Une main sur la sienne se ride et oublie

À la faveur d’un été
Les cheveux collent sous un chapeau de paille
Les coquillages, trésors d’une marée basse
Une glace parfum citron, sur la terrasse

À la faveur d’une heure
Une aventure possible avec le livre ouvert
Quelqu’un écrit, rature, cherche l’étincelle
Devant l’armoire, elle choisit une robe légère

À la faveur d’une minute
Une marguerite s’ouvre en calice pour l’abeille
Un baiser brûlant, oublié le bus, sous l’aubette
L’enfant essaie son vélo, c’est une découverte

À la faveur d’une seconde
Le klaxon strident pour une joie, une ivresse
Une brise sur la peau, comme un courant d’air
Un battement du doigt, juste pour vous plaire

 

 

 

Insatiable été

Petit derviche éphémère de l’été
Il danse sans relâche dans l’air
Le papillon blanc tourne, cherche
Un nectar sur la lavande fraîche

Sur la table, des miettes de pain
Il se pose et avance cahincaha
Le moineau picore avec insolence
Car, l’intrépide devine ma présence

Comme une oasis dans le désert
L’eau de la fontaine précieuse
Chante et nous invite avec grâce
À boire sa translucide grappe

Le jour d’été nait du voile
D’une nuit déchirée d’étoiles
Quand notre corps encore veille
Et admire ces insatiables merveilles

Profiter de la vacuité des heures
Vivre avec l’été jusqu’à satiété
Pour laisser le temps s’écouler
Dans la lumière du soleil espéré