Poème du bitume

Allez, on jette la clé sous la porte
On part à deux, à l’aventure, qu’importe
Dans le caniveau, des papiers souillés
Collent comme des lectures vite oubliées
À l’angle d’une rue, un chien efflanqué erre
S’approche, recule, pisse sur un réverbère
Sur le mur, un tag violent hurle sa haine
Souvenir d’une manifestation qui dégénère
Une femme se drape dans sa longue étole
On devine son sourire derrière son voile

Midi, on s’arrête à la crêperie du coin
Goûter une galette au beurre, au sarrasin
Dans les douves du château, un cygne solitaire
Tourne en rond, trace des lignes imaginaires
Des voitures débouchent sur la grande place
Embouteillages, grondements, odeurs de gazoual
Se réfugier dans le havre, dans l’apaisant passage
En bas des marches, un violon joue un air tzigane
Un skate nous touche, nous frôle effrontément
Il bondit, dessine des arabesques, imprudent

Dans le square, un SDF dort allongé sur un banc
Des enfants glissent non loin sur un toboggan
Un homme titube sur le pont, se penche et renonce
Il ne se couchera pas dans le lit du fleuve sombre
Des jeunes tapotent sur leur portable dans un café
Ils s’envoient des messages à défaut de se parler
Le crépuscule d’abord timide s’invite dans la ville
Comme des lucioles, les lampes clignotent, scintillent
Pour nous, le vagabondage dans la cité se termine
Il reste juste un peu de bitume sur la dernière rime

 

Nantes en noir et blanc

 

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Battements

Quand le jour triste s’effrite
Dans les spasmes de l’ennui
Savoir attendre le crépuscule
Écouter les battements de la nuit

La mer indomptable se déchaîne
Son écume éclabousse la jetée
Une silhouette en ciré la brave
Les battements du vent oubliés

Sa ruse légendaire sait se soustraire
Aux fusils érigés et aux pièges
Mais, ses yeux étonnés se lèvent
Vers les battements de la neige

Marcher au pas voulu, cadencé
Rester sur un chemin bien tracé
Et puis, non, désobéir, décider
Des battements de sa seule liberté

Si mon cœur maintenant s’arrête
Si mon pouls fatigué ne répond pas
Peut-être que ma main aura la force
D’écrire d’un dernier battement du doigt

 

Photo de Iza Tyson

Tout ou rien

Un jour, hier ou demain, ce n’est rien
Juste un café, un croissant, le matin
Un sourire s’efface, un geste de la main
Penser à agir pour ton bien, pour le mien
Le soir, rire et oublier ce quotidien
Les autres, si proches, et déjà si loin

Un tout ou une seconde s’arrête, s’éternise
A l’arrache, un coup sec cravache l’échine
Dans la rue, trottinent des talons aiguilles
Sur la cime, une étoile filante agonise
L’aiguille de l’horloge recule, un délire
Seul un lutin fou joue avec un temps magique

Aujourd’hui, tout ou rien, ou maintenant
Le mot disparait, réapparait sur l’écran
Le chat me surveille et ronronne doucement
Dehors, le monde frissonne de ses bruissements
Mais, je n’oublie pas, j’ai pris rendez-vous avant
Avec vous, pour vous souhaiter un beau Nouvel An

 

 

A tous les abonnés, à ceux qui s’arrêtent sur cette page, je souhaite une très bonne année

Qu’elle vous soit douce, parsemée de petits comme de grands bonheurs