L’écriture : un paradoxe

Des différents éléments mis en jeu dans l’écriture, se crée un mouvement, une dynamique, qui se déroule selon un ordre dont nous avons dégagé les étapes.
Seulement, chacun des éléments joue sur des paradoxes dans le rendez-vous d’écriture. Le corps alterne par des états de souffrance et de plaisir. La perception d’une émotion exerce une activité importante au début du processus, pourtant elle se fait plus passive par la suite. L’élément affectif joue un rôle essentiel dans l’immersion, mais nécessite d’être occulté dans le geste d’écriture. L’élément intellectuel permet d’évaluer le texte après écriture.
Chacun des éléments s’articule avec les autres. Le système d’ensemble forme le processus créatif et constitue toute sa richesse et sa complexité. Ici se mobilisent des énergies opposées. Un compromis est entrepris et s’engage entre : la joie / la souffrance; la passivité / l’activité; l’impatience / la patience; le dedans / la dehors; l’attention flottante / l’attention intellectuelle; etc …. On pourrait continuer ainsi à énumérer des paradoxes.
Par le processus créatif, une coopération s’organise. Si la personne travaille sur des paradoxes, elle porte cette expérience, car elle en est capable. Elle fait ainsi ce qu’elle doit faire. Le processus se valide de lui-même dans la mesure où il se justifie de lui-même pour celui qui écrit.
Il s’agit pour l’individu d’actualiser ses potentialités donc d’accepter son unité sans oublier sa diversité. La séance d’écriture tient compte de paradoxes qui sont aussi inhérents à la personne dans une action choisie et voulue.
On se projette dans l’écriture pour mieux se comprendre et se reconnaître. La répétition de l’acte accroît ce désir. La pratique sans cesse renouvelée montre bien la volonté de continuer.
Quelque part, l’écriture présente naît de l’écriture passée.
La personnalité se forge dans le refus d’abdiquer. Celui qui écrit doit retrouver son rendez-vous avec la page pour s’accomplir.

 

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L’après écrire

Une fois le geste d’écriture accompli, il semble que quelque chose soit fini et que quelque chose d’autre soit sur le point d’apparaître.
Ce quelque chose peut prendre différentes formes dans la séance d’écriture :
Après le travail extériorisé, la personne peut encore traiter le problème. D’autres perceptions émotionnelles apparaissent à la conscience et deviennent accessibles. Le geste d’écriture a installé un mouvement, et l’on suit ce mouvement. Ainsi, pour écrire, il faut déjà écrire. Ce qui vient à émerger appartient donc encore à « l’ici et maintenant » du rendez-vous d’écriture.

Ou la personne accepte la fin du processus créatif. Quand cesse le geste, la coulée d’écriture, elle a terminé son travail. Elle peut alors vérifier ou évaluer le texte créé. Des retouches d’une importance plus ou moins grandes sont alors entreprises. Passé l’écriture, la personne doit être capable de s’ouvrir sur autre chose, de retrouver l’espace et le temps. Mais, pour ce faire, tout doit avoir été écrit, intégré dans le processus .
La séance est alors terminée et l’activité créative peut attendre le prochain rendez-vous avec la page.
Pour certains, il est question d’un soulagement, d’une libération, d’un silence qui s’installe. D’autres éprouvent une angoisse, un doute, un vide.
Souvent, la tristesse enveloppe l’après écrire, car rien n’est plus triste qu’un lendemain d’écriture.
Pour effacer ce sentiment d’abandon, il faut alors retrouver l’espoir d’une nouvelle écriture.

 

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Le geste d’écriture

Après le saisissement créateur, la personne passe à l’action expressive, au geste d’écrire. On peut considérer cette action comme unifiante, car la personne est en prise, en contact avec elle-même. Ce geste d’écriture devient disponible, possédé et prend toute sa place dans l’existence.
Maintenant, le stylo court sur le papier tant que tout ce qui devait être écrit n’est pas écrit. Cette étape entraîne une délivrance, une libération pour le sujet. C’est la « main » qui commande cette libération. Et, ainsi, il faut savoir se commander pour pouvoir cesser d’écrire, pour s’interrompre et retrouver l’instant, l’espace et le temps.
Cette étape est le passage de la page blanche ( l’état initial ) au texte ( l’état final ). Le matériel concret s’utilise dans cette étape. Des feuilles, un cahier, l’ordinateur aujourd’hui. Avec les nouvelles technologies, on se réserve le droit de ne plus tourner la page. Car tourner la page, semble comporter le risque de stériliser le processus, d’en briser le moteur et dans de provoquer une interruption. Avec des feuilles, avec l’ordinateur, on se permet de modifier son texte ou de l’enrichir.
Dans sa coulée d’écriture, la personne se donne les moyens d’une certaine continuité. On voit bien que la préoccupation du texte introduit une certaine discipline pour son accomplissement.
Ainsi, la page porte témoignage de cette quête dont nous avons suivi le voyage dans les étapes précédentes. Mais le geste d’écriture n’est pas une fin en soi du processus. Comme nous allons voir, cet instant de la séance d’écriture est suivi d’une phase de pré-émergence.
Car si l’écriture nous fait oublier le temps, ce n’est que tant que l’on écrit.
L’écriture coule tout au long de notre vie et il nous faut continuer à écrire.

 

 

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