Ne crie jamais Victoire d’Agnès Boucher

Ce polar est le quatrième d’Agnès Boucher, c’est aussi la quatrième fois que l’on retrouve le commissaire Agnelli empêtré dans une nouvelle enquête riche en rebondissements. Ici, on change de décor et on découvre la presqu’île du Cotentin, ses plages, ses falaises escarpées et un village Languivelle où va se dérouler l’action. Quelqu’un commet des meurtres particulièrement horribles et sème la terreur dans la cité. Il faudra déterrer des haines du passé, faire sauter les verrous des secrets de famille pour comprendre une terrible histoire de vengeance. Avec le policier, on cherche l’assassin et on se demande quels sont ses mobiles.
« Ne crie jamais Victoire » est un polar pour les amateurs du genre. Il est aussi imprégné d’une peinture de mœurs très réaliste. Agnès Boucher sait, au-delà du roman noir, nous décrire des villageois qui aiment cancaner, propager des rumeurs, mais qui gardent au fond d’eux des haines et des rancœurs tenaces. Les bourgeois se croient au-dessus des lois, engoncés dans leurs privilèges et leur perversion. Au fil du récit, des caractères s’affinent, d’autres se découvrent. Les personnages apparaissent dans toutes leurs contradictions, leur noirceur, leur violence. Les chapitres s’enchaînent avec leur dose de révélations et le mystère s’épaissit jusqu’au dénouement. Il faudra toute la perspicacité du commissaire et l’aide de Victoire Meldec pour arriver au bout de cette enquête.
Les dialogues sont précis et l’écriture ciselée donne, à mon avis, un certain réalisme au propos. Ainsi, la violence, le côté sombre de ce polar se justifie et se révèle comme une de ses composantes. De plus, sans vous dévoiler l’intrigue, le commissaire, comme Victoire Meldec, quitteront leur carapace de loup solitaire. Comme d’autres lecteurs, peut-être, j’aime bien ces deux personnages à la fois atypiques, intelligents et libres. Quelque part, on espère que leur regard se croisera encore dans de prochaines aventures.
Un rendez-vous pour une nouvelle lecture.

 

 

Ne crie jamais Victoire d’Agnès Boucher aux  Editions Hélène Jacob

https://www.editionshj-store.com/products/ne-crie-jamais-victoire-agnes-boucher

L’art de vieillir sans déranger les jeunes d’Aurore Py

Pour commencer, je tiens à remercier Mass Critique de Babelio et les Éditions de l’aube pour l’envoi de ce livre. Pour ma part, cela a été un plaisir de découvrir un nouveau roman d’Aurore Py après « Les fruits de l’arrière-saison » dont vous pouvez lire un avis sur le site.
Dans ce récit, l’auteur nous emmène dans une maison de retraite, entendez un EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) et nous fait partager la vie et les aventures de quatre mamies un peu singulières. La narratrice, c’est Adèle, une ancienne gériatre, à l’humour ravageur, toujours prête à entraîner dans son sillage ses trois amies, Béatrice, Céleste et Debbie. L’Abécédaire, comme elles se surnomment, décide de mettre en place « Un art de vieillir en restant plaisant, heureux et fréquentable » bien sûr pour ses enfants, mais aussi pour soi-même.
Les aventures qui s’ensuivent sont drôles, voire jubilatoires. Les répliques souvent à l’emporte-pièce donnent beaucoup de vie, d’entrain au récit. On ne voit pas les chapitres passer et on sourit, rit aux péripéties de ce quatuor si attachant. On pourrait croire que cet humour est loin des réalités vécues dans les maisons de retraite, pourtant je pense que l’auteur a voulu nous rappeler que le troisième âge n’est pas forcément lugubre et pesant. Et si ces mamies sont pleines de vie, elles n’en portent pas moins le poids des années et des drames qui ont jalonné leur existence.
Ainsi, Adèle garde au fond d’elle la douleur de la mort d’un être cher, celle dont on ne peut faire le deuil, la perte de son fils. Par petites touches, elle puisera la force de vivre en s’appuyant sur d’autres épaules, en continuant d’aimer. Avec son écriture précise et soignée, Aurore Py sait nous raconter les sentiments tout en pudeur, tout en retenue, tout en poésie.
Je lui laisse les derniers mots :
« L’absence avait la couleur des yeux de Thomas au début d’un chagrin, celle de sa chambre d’enfant après l’une de ses colères, celle de ses accolades avant ses départs en voyage, celle du camion qu’il a fixé en mourant. C’était celle de la mer déchaînée ou du ciel au crépuscule, celle de l’instant suspendu, juste entre l’éclair et le tonnerre, celle du gendarme qui annonce la nouvelle …»

 

 

 

L’art de vieillir sans déranger les jeunes d’Aurore Py aux Editions de l’aube

Au bout du chemin de Cetro

Dans un mouroir, Frank, un presque centenaire vit en sursis, engoncé dans sa solitude. On penserait presque qu’il attend la mort qui le délivrera de ses jours ternes et tristes seulement entrecoupés des reniflements et ennuis gastriques de son voisin de chambre Patrick. L’arrivée de Camille, une jeune femme, venue le sortir de son isolement va tout changer. Devant elle, le lecteur et Patrick, miraculeusement réveillé, Frank va raconter l’été de ses douze ans et peu à peu le vieil homme va retrouver le goût de la vie.
Avec une écriture simple, sans fioritures, Cetro narre en parallèle ces deux récits. Et le naufrage de la vieillesse se dilue dans la mémoire d’une enfance à la campagne d’abord heureuse puis dramatique. Frank grandit dans une famille aimante au milieu des animaux de la ferme avec son jeune frère Anthony. Il y a une vraie fraîcheur dans ses souvenirs empreints de tendresse, d’humour, de nostalgie aussi.
L’auteur n’hésite pas à nous décrire les dérives d’une société de consommation déshumanisante, la cruauté des abattoirs industriels et la dureté des patrons comme des décisions de justice. Sa vision peut parfois sembler simpliste, voire manichéenne. Pourtant, on ne peut s’empêcher de trouver une vraie sincérité dans ses propos. Et les drames qui vont se nouer vont forger la personnalité d’un enfant, d’un adulte et d’un vieillard libre et plein de qualités humaines.
« Au bout du chemin » est aussi un roman sur la transmission, celle que l’on doit à nos enfants, celle du temps d’avant. Un temps où les générations cohabitaient dans le respect, une époque où les animaux de la ferme participaient à la vie et n’étaient pas de simples viandes pour nourrir sous cellophane des consommateurs sans appétit. Et la morale de ce livre, que je me permets d’apparenter à une fable, c’est que bien sûr le bonheur n’est pas dans l’avoir et l’accumulation des richesses, mais bien dans l’être, cet être humain proche de ses semblables et des animaux qu’il respecte.
C’est un roman de la simplicité et si on n’a pas oublié l’innocence de son enfance, celle qui reste tapie au fond de soi, on le termine avec beaucoup d’émotions.

 

 

 

Au bout du chemin de Cetro

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