Magique écriture

Et si l’écriture comportait un grain de magie ?
Le processus créatif est, comme nous l’avons déjà vu, un processus de symbolisation. Ainsi, une des premières utilisations du symbolisme serait d’ordre magique, c’est-à-dire qu’il opère une transformation chez celui qui l’emploie. L ‘écriture est une expérience originale qui est aussi difficile de saisir de l’intérieur que de l’extérieur.
Prenons ainsi le travail d’un sorcier sur son malade. Il s’agit dans cette situation spécifique de proposer un langage, de provoquer une expérience symbolique. La parole, l’expression verbale, amène le passage d’une expérience désordonnée, décousue à une expérience intelligible et ordonnée. Le processus débloque chez un malade une situation douloureuse et la réorganise dans un sens favorable.
On retrouve bien ici des idées que nous avons déjà développées : le corps, le passage à une expression, pour nous, écrite, les différentes étapes d’une séance où des éléments entrent en jeu et aboutissent à un fonctionnement ordonné.
Celui qui écrit est à la fois sorcier et malade, metteur en scène, acteur et spectateur. Et comme pour la séquence magique, l’appareillage symbolique, ce que l’on appelle le rituel  d’écriture peut jouer un rôle essentiel.

L’écriture comporte bien un grain de magie. Ici, le processus créatif se caractérise par le voyage sur un tapis volant, l’action à distance, l’ambiguïté, la pensée déréelle, « l’inquiétante étrangeté » du familier. Tout ce qui interdit la raison, la logique de la vie quotidienne peut se donner libre cours dans  l’écriture. La porte est ouverte et la personne s’y arrange avec son médium sans pour autant exercer sur lui un plein contrôle.
Par l’écriture s’exerce un pouvoir de transformation de la perception du monde. Le risque est bien sûr de s’évader dans un autre monde où la réalité est occultée.
La vie n’est pas qu’écriture. La magie n’est pas sans danger.
Et somme toute, on semble conscient de ces risques et on entreprend son voyage en écriture que dans le but d’en toujours revenir.

 

 

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Fragile écriture

L’expérience d’écriture est fragile. La personne, doit se retirer du monde extérieur, éviter ou s’abstraire de tout bruit autour d’elle. Une certaine solitude est essentielle. Ainsi, en se recueillant, celui qui écrit protège le sanctuaire de son travail.
On assume cette solitude, on en tire une certaine force et une énergie nécessaire. Le silence flotte autour et descend au centre de nous.
Le travail d’écriture est un travail de solitaire. Même si la personne ne se cache pas d’écrire, elle peut avoir des réticences à montrer ce qu’elle crée à un public qui lui serait étranger. Car, elle doit accepter que son texte sorte de sa dormance, qu’il rejoigne le monde des hommes.
Si l’isolement préserve le bon déroulement du processus, il stimule les énergies mises en jeu. La personne, en face d’elle-même, est fragile et la créativité nécessite une bonne dose de confiance en soi- même. Confiance, volonté, désir sont indispensables sinon le processus peut être inhibé et l’écriture arrêtée. Rien n’est jamais terminé, ou acquis d’avance. Seulement, l’écriture semble le moyen approprié de toujours continuer.
Le processus créatif, ici, n’induit pas les mêmes risques que dans une autre forme de créativité. Car la séance d’écriture est bien une situation particulière.
Quel que soit l’écrit : un blog, un journal, un texte, un roman ou tout autre .. il représente pour la personne un ancrage essentiel.

La plume qui crisse sur le papier, les doigts qui courent sur les touches d’un clavier, permettent d’échapper peut-être au désespoir, de s’affranchir du temps qui passe.
Et, comme toute activité humaine, l’écriture témoigne du chant de la vie.

 

 

mariana10 Création sur la fragilité de Mariana Mejia Suarez

Écrire ou percevoir une émotion

Dans l’état d’écriture, la personne doit dénouer les tensions de son attention, ouvrir au maximum sa capacité perceptive.
Le processus créatif part d’une émotion intérieure ou extérieure. La perception est le contact entre la personne et cette émotion. Dans le rendez-vous d’écriture, on se plonge dans ces bains de perceptions. Il en est de purement sensuelles comme l’olfaction, d’autres plus intellectualisées, qui font appel à plusieurs sens.
Percevoir nécessite d’être mis en route par tout un rituel d’écriture. Celui qui écrit perçoit à son rythme, voit le monde au ralenti, revient sur une émotion, prend du recul, se penche pour voir un détail. Il se laisse le temps de contempler ce qui se déroule en lui ou devant lui.
Quand la personne perçoit, elle concentre son attention sur une figure , une image particulière de préférence aux autres. Cette attention particulière balaye un certain point de la conscience sans pour autant se désintéresser de tout ce qui se passe hors de ce champ. Dans le processus créatif, on est disponible sur toutes les longueurs d’onde, on pratique une attention flottante. On balaie son cinéma intérieur.
Cette image qui est perçue au début du processus ne s’intègre pas forcément dans la suite du travail d’écriture. Elle a une fonction de catalyseur et stimule les autres phases du processus. Cette image qui nous est révélée par nos sens est symbolique et intérieure , elle n’est pas encore éveillée, révélée par le langage.
Celui qui écrit est distrait par cette image. Celle ci n’est pas encore mais est déjà fortement. Et tout le processus cherche à continuer la vibrance de cette image.
Évanescence d’une émotion, fulgurance d’une image, d’une sensation que l’écriture doit faire naître.
Un cinéma intérieur qui doit voir le jour dans le rendez-vous avec les mots, dans le rendez-vous d’écriture.

 

émotion pg