Une bulle bleutée

Dans l’espace infini est suspendue la bulle bleutée
Comme un fétu de paille au milieu d’un champ de blé
Sur les clichés, on devine ses fleuves, ses vallées
Le souffle du spationaute pourrait la faire trembler

Seulement la terre a mal à sa nature, à ses océans
Les gaz, les atomes polluent nos peurs, nos poumons
L’a t’on déjà vidé de sa substantifique moelle ?
A t’on fini le vol pour remplir nos poubelles ?

Si nous sommes locataires, on ne paye pas le loyer
Le papier jeté est un vomi qu’on lègue sans pitié
À des enfants qu’on prive sans vergogne d’exister
Sur une planète riche  de sa nature, de sa beauté

Elle se languit déjà de nous, de nous regarder jouer
Exsangue, affaiblie, l’étoile semble moins bleutée
Plus d’eau potable, de pétrole, de gaz, d’électricité
Plus de quoi s’amuser avec nos puissantes cylindrées

Pour certains, ma vision d’apocalypse n’a pas de réalité
Pourtant, des animaux, des plantes ont disparu des contrées
D’une capsule de l’espace, on l’entendra geindre et gronder
Si on ne laisse pas une chance aux enfants de l’admirer

 

Photo de Thomas Pesquet : Le fleuve Dniepr au nord de Kiev

Une île

Et si la terre était une île …..

Alors, le ciel donna une île à la mer
Au début, le maigre îlot balayé par les vents restait bien fragile
Souvent, la mer le berçait tendrement, le caressant de ses vagues
Des herbes rases poussaient lentement autour de quelques cailloux
Le ciel veillait, lui aussi réchauffant la terre et l’arrosant de pluies bienfaitrices
Ainsi, l’île grandissait lentement entre le ciel et la mer
Bientôt, elle s’étendit sur plusieurs kilomètres
Au nord, une crique abritait une plage de sable fin
À l’ouest, une forêt serpentait entre des collines
Le sol regorgeait de minéraux précieux
« À quoi bon toutes ses richesses si l’on ne peut les partager ? » se demandait-elle
Et, l’île s’ennuyait perdue seule sur l’océan

Un matin, d’étranges créatures débarquèrent sur la plage dans des pirogues en bois
Ils s’installèrent, pêchant dans la crique, cueillant les plantes de la forêt
Ainsi, l’île découvrait les hommes, elle appréciait leur présence
Elle leur donnait les poissons et les plantes dont ils avaient besoin
Elle les protégeait des tempêtes et des chaleurs que pouvait envoyer le ciel
Elle prospérait, car les hommes ne prenaient que ce dont ils avaient besoin
Ils respectaient l’île comme une de leurs semblables
D’ailleurs, chaque soir, ils la remerciaient dans leurs prières
Et, l’île se sentait enfin utile et heureuse

Seulement, un autre jour, des hommes différents débarquèrent sur la plage
Ils arrivèrent sur d’énormes bateaux comme en terrain conquis
Vite, très vite, ils délogèrent les indigènes
Ils cassaient des pierres, coupaient les arbres
Peu à peu, des maisons sortirent de terre comme des champignons gigantesques
Des routes sillonnaient l’île, des camions roulaient à vive allure
Les hommes pillaient le sol, ils cherchaient de l’or, du pétrole
Ils croyaient ici trouver des trésors
Ils en voulaient toujours plus et consommaient sans relâche les richesses de l’île
Fatiguée, affaiblie, elle se sentait trahie par les hommes
Elle pleurait sur sa terre dévorée, perdue à jamais

Au crépuscule de sa vie, elle appela ses chers parents
« Que veux-tu ? » Lui demanda doucement le ciel.
« Les hommes m’épuisent. Je suis à bout de forces » répondit l’île
« Ces hommes détruisent la planète, ils sont trop avides » dit la mer
« Alors, je préfère disparaître » murmura t’elle
Pendant les jours qui suivirent, d’énormes tempêtes secouèrent l’île
Les hommes apeurés fuyaient en emportant toutes les richesses amassées
L’île  regardait résignée les paysages dévastés rendus à leur solitude originelle
Sa fin était proche
Par l’union du ciel et de la mer, les tempêtes devenaient cyclones
Elle s’enfonçait engloutie peu à peu au fond de l’océan

Ainsi finit l’histoire de l’île à la trop courte vie
Car son cœur était peut-être plus grand que celui des hommes

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