Nos rêves de pauvres de Nadir Dendoune

« Nos rêves de pauvres » relate l’itinéraire de Nadir Dendoune et de sa famille. Les courts chapitres brossent un portrait touchant et attachant du clan Dendoune. Le père, berger kabyle, arrivé en France avec sa femme et ses neuf enfants, dans les années 50, n’aura de cesse que d’offrir le meilleur pour les siens en travaillant comme ouvrier. La mère, femme courage, restera toujours du côté de ses enfants, les choyant le mieux possible. Nadir Dendoune nous raconte surtout la pauvreté dans cette cité de Seine St-Denis, les difficultés de vivre, le racisme ordinaire envers ces immigrés, ces « gnoules ». S’il dresse un portrait touchant de certaines personnes qui l’entourent, il en égratigne d’autres, ces » blancs » et leur condescendance. Chaque tranche de vie est très réaliste et esquisse un tableau émouvant de la famille et de l’auteur.
Son enfance est douloureuse, son adolescence chaotique, ses désirs, ses rêves se heurtent à la dureté de la banlieue. Sa plume est empreinte de gouaille, d’humour, mais aussi de rage. Pourtant, il s’en sortira, effacera son bégaiement, voyagera, grimpera même l’Everest et deviendra journaliste. Son envie de se surpasser bien sûr, il la doit avant tout à ses parents. Leur indéfectible amour l’aura porté, inculqué des valeurs de dépassement.
Si on trouve certaines répétitions dans ces chapitres d’abord publiés en chroniques, on reste ému par les mots de l’auteur chargés d’une authentique sincérité. Le langage est vrai parfois familier pourtant il retranscrit une grande pudeur dans les sentiments. Son attachement à son père et à sa mère nous bouleverse par sa tendresse, ses colères envers la France, la République et tout ce qu’elle suppose nous interpellent. Au-delà des clivages de notre société, des responsabilités que l’on veut faire porter aux immigrés, c’est bien un portrait de la France d’aujourd’hui que dessine Nadir Dendoune, cette France de l’autre côté du périph. Si ses parents ont toujours été malheureux en France, l’auteur, qui exècre le terme d’ « intégration », revendique le droit au bonheur dans ce pays qui est le sien.
Je lui laisse les derniers mots :
« On veut juste être considérés comme n’importe quel Français. Quand nous demandons l’égalité, nous voulons dire la normalité ».

 

 

Nos rêves de pauvres de Nadir Dendoune chez Pocket

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L’inconsolable et autres impromptus de André Comte-Sponville

Je remercie Mass critique de Babelio et les Éditions PUF pour l’envoi de ce livre. Ce recueil comporte 12 articles sur des sujets variés. Ils sont issus de différentes contributions de l’auteur à des revues et n’ont pas de thème général bien défini. Peu habituée à lire de la philosophie, je suis entrée dans cet ouvrage avec curiosité. Si j’ai découvert certains articles avec plus d’intérêt que d’autres, j’ai apprécié la plume limpide de André Comte-Sponville, le cheminement de sa pensée. On y aborde la consolation, la joie de vivre, l’ennui à l’école, Beethoven, le poète Laforgue, les droits des animaux, la Nature, l’isolement, Althusser….
L’auteur s’accompagne des textes des philosophes. Il fait souvent référence à Montaigne, Pascal, Spinoza et bien d’autres pour approfondir, rebondir, à la recherche de la vérité. Dans le premier article, il décrit la douleur et la difficile consolation. On trouverait ainsi plus de réconfort de la part de personnes moins proches de son malheur que de ceux qui le partagent avec nous. Au fur et à mesure de ma lecture, j’ai ressenti un certain désespoir, une certaine noirceur de la condition humaine dont il faut peut-être s’accommoder.
En ce qui concerne l’éducation, l’ennui à l’école ne doit pas être considéré comme un frein à tout apprentissage, mais comme un moteur à toute réussite. Plus loin, le philosophe réhabilite Jules Laforgue, poète touchant et modeste, tombé dans un possible oubli. André Comte-Sponville raconte aussi ses souvenirs avec l’un de ses maîtres Althusser, il revient sur cette amitié, préférant le ton de l’intime, des confidences empreintes d’émotion. Il lui reste beaucoup de respect envers son œuvre continuant de trouver son éclairage toujours important.
Dans sa préface à un livre concernant SOS Amitié, il nous rappelle que la solitude n’est pas l’isolement, que ce dernier est peut-être le plus pénible, le plus douloureux à vivre. L’écoute, cette attention à l’autre devient alors un moyen de mieux supporter les vicissitudes de l’existence. Plusieurs articles sont aussi très intéressants, je pense à celui consacré aux droits des animaux et surtout aux devoirs de l’homme envers eux . À chacun de puiser dans ses impromptus, de suivre le chemin de l’auteur.

À la fin, le philosophe revient sur la notion du temps et nous donne une belle définition : « Mais le passé n’est pas, puisqu’il n’est plus. Ni l’avenir, puisqu’il n’est pas encore. Il ne reste donc que le présent. » Cet instant et son éternité dans lesquels nous vivons tout entier.
Épouser seulement ce doux présent, l’inscrire à l’infini dans le temps.

 

L’inconsolable et autres impromptus d’André Comte-Sponville aux Éditions Puf

Une veine bleutée

Vous pouvez découvrir ma nouvelle : Une veine bleutée  écrite pour le concours J’ai Lu Nouveaux Talents.
C’est un court récit romantique, un peu déjanté sur le thème de la méprise.
Merci pour vos lectures. 🙂

Voici le début :

 » Sur la paume de ma main, ma veine se gonflait, difforme sous les interstices de la peau. Je l’aperçus d’abord dans un brouillard diffus, elle palpitait doucement. J’étais donc toujours en vie. La lumière pesait sur mes paupières comme une chape de plomb. Un drap blanc à peine froissé recouvrait mon corps comme un linceul.
– Sabine, tu te réveilles ! Tu m’entends !
Les deux phrases que je venais de percevoir semblaient provenir du côté du lit sur ma droite. Un jeune homme me regardait, ses yeux noirs me fixaient avec intensité, pleins d’égard. Assis sur une chaise en formica, il attendait ma réponse. Je ne pouvais pas encore parler, les mots, tous mes mots s’étaient perdus à l’intérieur de mon maigre corps, comme évaporés. Puis, quoi dire ! Je ne m’appelais pas Sabine. Peu à peu, les souvenirs refluaient par vagues. Le passé revenait à la surface comme un sous-marin qui remonte des abysses vers des courants plus tranquilles. »

 

 

https://www.concours.jailu.com/concours/nouveaux-talents/participations/181-une-veine-bleutee