L’invitation

Entre un soleil timide et les averses
L’arc-en-ciel s’invite dans l’azur
Ses couleurs éphémères rappellent
Un dessin d’enfant sans éclaboussures

La chouette s’invite dans le sapin
La nuit, elle surveille de sa tour
La souris imprudente qui court
Qu’elle déchiquètera sans détour

Un geste, un bon jour au quotidien
Une invitation qui ne coûte rien
À une politesse qui fait du bien
Un sourire radieux qui nous retient

Son cœur palpite, se serre, oppressé
Le rendez-vous occupe ses pensées
Une invitation comme un jeu de dés
Une possible rencontre pour s’aimer

Une musique frissonne dans l’air
Les pages libres du livre ouvert
Une invitation à embarquer ailleurs
Dans un imaginaire en apesanteur

L’hiver part sans regret sûrement
Pour l’espoir coloré du printemps
Une invitation possible, un serment
Cette envie de rester en vie longtemps

 

 

Photo de Samuel Banas

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Une famille de Pascale Kramer

Pascale Kramer nous raconte dans ce roman l’histoire d’une famille déchirée par le parcours du fils aîné. Alors que Lou, vient d’accoucher de sa seconde fille, tous découvrent que Romain, le fils maudit a encore disparu. Le récit se construit autour de cinq narrateurs, les parents et la fratrie qui donnent chacun leur vision, qui livrent leurs pensées. Olivier, le beau père bousculé dans sa retraite par les évènements. Mathilde, la sœur qui semble vouloir échapper à cette ambiance trop pesante. Édouard qui tient tellement à garder le contact avec son frère. Danielle, la mère empêtrée dans sa culpabilité et Lou, cette jeune maman forte et résignée. Dans cette famille où on a construit sa vie, on cherche à sauver, aider ce fils, ce frère alcoolique malgré tout et peut-être malgré lui.
L’auteur nous offre la peinture d’une famille bourgeoise démunie, déçue, fatiguée face à la déchéance de l’un des leurs. Dans ce microcosme qui vit au rythme des naissances, des retrouvailles, Romain est le personnage central, à la fois si absent et terriblement présent, qui l’a fait basculer hors d’une certaine normalité. Au fil des mauvais souvenirs, des angoisses, que le narrateur égrène se dessine le portrait d’une famille avec ses non-dits, ses secrets, ses rancœurs.
Les personnages sont formidablement vivants dans leur force et leurs failles. L’écriture est concise, précise, l’absence de dialogues donne encore plus d’épaisseur à la vérité de chaque narrateur. C’est une lecture qui vous happe, qui pose des questions sur notre rapport à l’autre. Comment aider et continuer d’aimer quelqu’un qui se détruit ? Comment accepter cette maladie qu’est l’alcoolisme ? Pascal Kramer tisse un récit passionnant comme un canevas où les différentes pièces constituent des tranches de vie qu’elle sait fort bien assembler. J’ai lu ce roman d’une traite et je pense qu’il peut intéresser bien d’autres lecteurs.

« Il faisait frais, l’orage avait laissé des perles tremblantes au cœur des œillets. Danielle essuya la rambarde et s’y accouda fermement pour prendre le temps de penser à Jeanne. C’était un cérémonial intérieur auquel elle s’adonnait pour accueillir les nouveau-nés dans la famille… »

 

 

Une famille de Pascale Kramer aux Éditions Flammarion

 

 

 

La douceur du moment

Quand la douceur de l’air
Annonce la fin de l’hiver
Quand la lumière du soir
Prédit la saison qu’on aime

Sur le chevalet, une toile
Douce avalanche de couleurs
Le peintre cherche d’un trait
Son cœur qui bat inlassable

Sa nuque se courbe doucement
Sur les pages du livre ouvert
Son sourire énigmatique se perd
Entre les mots écrits pour elle

Comme des gouttes de pluie
Les touches du piano glissent
Sur notre âme nostalgique
D’un doux souvenir qui surgit

Loin des tumultes du jour
Langueur du temps qui passe
Qu’on laisse aller doucement
Pour juste vivre, l’instant

Si la poésie reste une chimère
De rêveurs qu’on moque souvent
D’autres savent avec eux s’embarquer
Pour la douceur éphémère du moment

 

Liseuse de roman, Vincent Van Gogh