Au ralenti

Laisser la rime s’enfuir
Entre les blancs
Derrière les mots
Garder le rythme
Un pas chaloupé
Sur le fil de l’encre
En équilibre

Enlacer le temps
Un instant dans la paume
Une seconde d’éternité
Un souffle de vie
Un cœur écrit
Un tapement sec
Sur le clavier

Regarder le monde
Des marionnettes en cravate
Des grondements, des armes
Enfants silencieux
Courent entre les ruines
Sur une terre poudrière
Où le soleil perd son Orient

Accompagner le vent
Sur la cime de l’arbre
Avec l’oiseau en partance
Un grain de blé
Une minuscule étoile
Qui entend ses frôlements
Et l’attend

Sentir l’odeur
Les relents de la terre
Après la pluie d’orage
Chaleur sur la peau
Comme une lourdeur
Vivre l’été au ralenti
Et oublier

Rêver encore
Un songe couché
Sur du papier
Vous apercevoir
Avec moi, en attente
Une émotion sans mot
Sans fin

 

Ne crie jamais Victoire d’Agnès Boucher

Ce polar est le quatrième d’Agnès Boucher, c’est aussi la quatrième fois que l’on retrouve le commissaire Agnelli empêtré dans une nouvelle enquête riche en rebondissements. Ici, on change de décor et on découvre la presqu’île du Cotentin, ses plages, ses falaises escarpées et un village Languivelle où va se dérouler l’action. Quelqu’un commet des meurtres particulièrement horribles et sème la terreur dans la cité. Il faudra déterrer des haines du passé, faire sauter les verrous des secrets de famille pour comprendre une terrible histoire de vengeance. Avec le policier, on cherche l’assassin et on se demande quels sont ses mobiles.
« Ne crie jamais Victoire » est un polar pour les amateurs du genre. Il est aussi imprégné d’une peinture de mœurs très réaliste. Agnès Boucher sait, au-delà du roman noir, nous décrire des villageois qui aiment cancaner, propager des rumeurs, mais qui gardent au fond d’eux des haines et des rancœurs tenaces. Les bourgeois se croient au-dessus des lois, engoncés dans leurs privilèges et leur perversion. Au fil du récit, des caractères s’affinent, d’autres se découvrent. Les personnages apparaissent dans toutes leurs contradictions, leur noirceur, leur violence. Les chapitres s’enchaînent avec leur dose de révélations et le mystère s’épaissit jusqu’au dénouement. Il faudra toute la perspicacité du commissaire et l’aide de Victoire Meldec pour arriver au bout de cette enquête.
Les dialogues sont précis et l’écriture ciselée donne, à mon avis, un certain réalisme au propos. Ainsi, la violence, le côté sombre de ce polar se justifie et se révèle comme une de ses composantes. De plus, sans vous dévoiler l’intrigue, le commissaire, comme Victoire Meldec, quitteront leur carapace de loup solitaire. Comme d’autres lecteurs, peut-être, j’aime bien ces deux personnages à la fois atypiques, intelligents et libres. Quelque part, on espère que leur regard se croisera encore dans de prochaines aventures.
Un rendez-vous pour une nouvelle lecture.

 

 

Ne crie jamais Victoire d’Agnès Boucher aux  Editions Hélène Jacob

https://www.editionshj-store.com/products/ne-crie-jamais-victoire-agnes-boucher

Une bulle bleutée

Dans l’espace infini est suspendue la bulle bleutée
Comme un fétu de paille au milieu d’un champ de blé
Sur les clichés, on devine ses fleuves, ses vallées
Le souffle du spationaute pourrait la faire trembler

Seulement la terre a mal à sa nature, à ses océans
Les gaz, les atomes polluent nos peurs, nos poumons
L’a t’on déjà vidé de sa substantifique moelle ?
A t’on fini le vol pour remplir nos poubelles ?

Si nous sommes locataires, on ne paye pas le loyer
Le papier jeté est un vomi qu’on lègue sans pitié
À des enfants qu’on prive sans vergogne d’exister
Sur une planète riche  de sa nature, de sa beauté

Elle se languit déjà de nous, de nous regarder jouer
Exsangue, affaiblie, l’étoile semble moins bleutée
Plus d’eau potable, de pétrole, de gaz, d’électricité
Plus de quoi s’amuser avec nos puissantes cylindrées

Pour certains, ma vision d’apocalypse n’a pas de réalité
Pourtant, des animaux, des plantes ont disparu des contrées
D’une capsule de l’espace, on l’entendra geindre et gronder
Si on ne laisse pas une chance aux enfants de l’admirer

 

Photo de Thomas Pesquet : Le fleuve Dniepr au nord de Kiev