Pas très loin

Dans le creux des tranchées
Englué dans la boue 
Lève ta paume encore
Prends vite ton pouls

Sur le brisant d'une vague Quitte la grève agitée Un masque tombe au fond
D'un abysse bleuté


À l'orée de l'aurore Percute le jour nouveau
Il t'enlace quant même
De ses bras chauds

Sous la terre trop sèche
La racine s'entortille
Elle bat dans ta cuisse
La nature en toi, sanguine

Devant ton ombre chaotique
Titube d'un pas, en rythme
Danse dans la lumière
D'une boîte de nuit imaginaire

D'un côté comme de l'autre
Définis ton temps, ton espace
Derrière ton sourire qui s'efface
Je reste là, pas très loin, à ma place


 

Peinture David Sharpe

Désire

Désire la brise

Qui hérisse le duvet moite

de tes pores de peau

S’insinue dans tes veines

Comme un vin chaud

 

Désire le miel

Il salive sur les lèvres

Nectar d’une abeille

Dans le pollen de tes yeux

Infiniment bleus

 

Désire le choc

D’un coup de foudre

Il bloque le cœur

La tête dans le caniveau

D’un amour éphémère

 

Désire le mot

Il se crispe, s’arcboute

Se déroute de ta route

File dans la brèche

S’écrit à l’envers

 

Désire l’essentiel

Ta main cherche

Dans un geste agacé

Un soupir frustré

L’autre et ses baisers

 

Désire la vie

Elle fleurte avec la mort

Souvent te trahit

Mais tant que tu expires

Inspire l’envie

 

Le Loup des Cordeliers de Henri Lœvenbruck

L’été 2020, j’avais eu un coup de cœur pour  » Nous rêvions juste de liberté » de Henri Lœvenbruck. la virée à travers les USA avec Bohem m’avait littérairement transportée.
Venant de le terminer, je voulais vous présenter Le Loup des Cordeliers. Ici, l’auteur nous immerge en pleine Révolution. Ce polar historique est le premier tome d’une saga passionnante.
En mai 1789, un mystérieux justicier hante les rues parisiennes et venge les femmes agressées. Au même moment, un jeune journaliste, Gabriel Joly, arrive dans la capitale. Notre héros va enquêter sur cette affaire et vivre dans ce Paris tumultueux, bouillonnant.
Avec lui, on découvre une capitale, ses rues, ses couleurs, ses odeurs, ses pauvres, ses prostituées, ses pirates et tant d’autres. Les personnages qui gravitent autour de notre héros sont comme lui féru de grandes idées, fils des Lumières. Ils s’appellent Danton, Desmoulins, Théroigne de Méricourt…
Au fil des chapitres, on va s’immerger peu à peu dans cette période. L’auteur sait nous conduire avec des chapitres courts, un suspense qui grandit au fil des pages, une écriture ciselée, précise. On sent le travail de recherches qui a du durer plusieurs années, un travail d’érudit qui nous apprend plein de détails.
Henri Lœvenbruck est un auteur dont on n’oublie pas les livres et qui sait nous transporter.
Dans cette période anxiogène, lire permet de nous évader et de mieux appréhender un quotidien frustrant. Se laisser emporter par le souffle de ce Loup des Cordeliers fait du bien. Vivre avec des parisiens en colère, sentir un peuple se lever, dire Non aux privilèges, voir la naissance de cette Assemblée Nationale avec ses enthousiasmes et ses failles, courir dans les rues de Paris avec ses insurgés. On se plaît à rêver qu’un vent se lève à nouveau pour bousculer l’Histoire et faire tomber les masques…
Je laisse les derniers mots à l’auteur :
 » Le regard perdu au-dehors, dans le ballet incessant des passants, il songeait à ce jour de mai où, tout juste arrivé à Paris, il avait découvert ces lieux pour la première fois. Il s’était passé tant de choses en trois mois ! Bercés par une étrange mélancolie, les souvenirs lui revenaient en cascade et au milieu d’eux, toujours, le visage de ce petit bohémien dont il avait pris la défense ce jour-là. »