Tumulte

Une colère en chasse une autre
On brandit promptement des bannières
On manifeste, on s’indigne vite
Pour un geste, une parole, un tweet
Tumulte d’un monde virtuel
Qui s’égarerait presque
On attendrait le recul, la sagesse
D’idées sans violence, sans haine
Débats médiatiques, dont l’agressivité
Nous feraient même douter de la liberté

Ciel en colère, pluies orageuses
Qui inondent la terre spongieuse
Tumulte de la nature, du vent
N’oublions pas ses tremblements
Se souvenir que chacun quant même
N’est sur cette terre qu’un locataire
Regarder en souriant ces marionnettes
Engoncés dans leur costume trois-pièces
Préférer scruter la cime des arbres
Entrer dans la lumière du livre sur la table

Retrouver la paix de l’écriture, de la pensée
Espérer qu’elle irradie ailleurs, ne pas vous oublier

 

 

Photo Denis Depic

La ville

Brouhaha insidieux permanent
Qui brinquebale en étau
Qui va de droite à gauche
La tête comme un aimant

Bruits aigus des moteurs
Raps rageurs, ravageurs
La ville mystérieuse s’apprend
Ou te dévore tout cru en passant

Un vieil homme s’appuie sur sa canne
Soupire, attaque des marches
Le vélo slalome entre des voitures
Livrer plus vite, une course sûre

Sa main encercle, caresse son dos
Il l’enlace, l’embrasse sans un mot
Le tramway dégorge infatigable
Une foule identique, lasse

Sur la table, un café, un carnet
Noter en souriant, sans regret
Rêverie de fin d’après-midi
Être bien, regarder sans bruit

La pluie enjambe les trottoirs
Brille sur les néons en miroir
La nuit arrive, sait s’inviter
Sur la ville à peine troublée

 

La mésange bleue

J’ai attendu son retour pendant trois jours
Comme le ciel pleure gris, terne et lourd
J’ai admiré la mésange longuement
Quand elle se pose craintive prudemment
J’aime à penser que c’est la même
Celle qui avec d’autres volette
Maintenant, les oiseaux se font rares
Peut-être quelque part, tu la regardes
Tu aimais leur donner la bectée
À moi, aujourd’hui, de continuer
Il manque le rouge gorge, le moineau
Je vais attendre avec toi à nouveau

Dans le jardin, j’ai planté des graines
Ces jolies fleurs d’un printemps gai
À la Toussaint, la généreuse terre
Protège la vie comme une mère
Je ne voulais pas les oublier
Dans la remise, je les ai trouvées
Ta main caresse les pétales
Quand au printemps tu flânes
À l’aube, quand les brindilles craquent
Le vent de ton souffle les drape
Si je cueille un narcisse pour un vase
Je libère le pollen de ton étoile