Chemins

On prend la clé des champs
Sur un chemin apaisant
Où la nature nous attend
Si près du pré, du champ
Sentir l’herbe simplement
Sous un arbre, un faon
Cache ses yeux d’enfant
Et caracole, virevoltant
Vers sa mère le protégeant
Entendre simplement le vent
Siffler doux ou insolent
Emplir ses poumons goulument
Pour repartir forcément
Et espérer d’autres moments

On prend la clé des villes
Sur un chemin fragile
Les toits en pente luisent
De suie, de pluie fine
Les fumées des usines
Crachent un air putride
Courent les automobiles
Il faut les éviter, agile
Si on croise des sourires
Les garder, les retenir
Pourtant, on l’aime fébrile
Le quartier du côté du périph
Entre les tours, la famille
De cœur, du bidonville

On prend la clé d’un monde
Le chemin se perd, vagabonde
Pour oublier nos ombres
Sur des mots, des notes rondes
Les lignes dessinent des contes
Chapelets, ruisseaux dorés d’onde
La strophe invente des colombes
Espace d’imagination féconde
Elle descend en nous et monte
Elle irradie notre monde
Elle est un puits qui nous refonte
La poésie jamais ne trompe
Sentiment vrai, pas de honte
Un pur plaisir pour cinq secondes

 

 

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En suspens

Entre le crépuscule et la nuit
À l’heure bleue des possibles
Une étoile en suspens oscille
Et attend les ténèbres, docile

Son fil d’argent, sous la rosée
Pèse lourd, presque en suspens
L’araignée appliquée sur sa toile
Retisse sans cesse son ouvrage

Avec sa queue en gouvernail
Le chat danse sur la terrasse
En suspens, au-dessus du vide
Il valse expert dans l’espace

Sa main s’est levée, si leste
La paume en l’air en suspens
A giflé la joue trop violemment
Un rictus de regret maintenant

Comme une poussière si légère
Le mot reste en suspens dans l’air
Mon souffle le cherche, l’espère
Pour l’écrire délicatement

Le fil de nos vies en suspens
Entre le passé et le présent
Sur un chemin tortueux qui tend
Vers un futur heureux évidemment

 

Photo de Joëlle Paur

Couleurs

Rouge, le néon de l’hôtel sordide
La pluie jette un voile sur la ville
Sur le visage, une goutte glisse
Les taches nocturnes griffent
Un balai d’essuie-glace se fige

Jaune, le soleil de ses toiles vives
Sa maison, ses tournesols éternels
Sa clarté nous éblouit, nous éclaire
Il boit la couleur comme un élixir
À la recherche du bonheur de vivre

Blanc, le nuage chevauche le ciel
Il trotte, galope tel un alezan
L’azur est un pré où il gambade
Des oiseaux parfois l’accompagnent
Dans sa course effrénée avec le temps

Noir, l’arme au chaud, malfaisante
Dans son blouson, sur sa hanche
Un visage jeune pour un acte vil
Sa main tremble enfin, il se rebiffe
Rien ne sert de jouer au petit caïd

Bleu, à la fois sombre ou trop pâle
Mon regard qui rêve trop s’échappe
Des yeux marine reçus en héritage
Qui cherchent, toujours inlassables
Une vérité dans d’autres regards

Poésie, couleurs mentales infinies
D’une page blanche, dessiner la vie
Sonder son âme pour un trait noir
Si les mots s’engluent dans un buvard
Poursuivre pour illuminer un regard

 

Lost in time / Andrew Curry