La faim

Dès l’aube, ils pépient sans vergogne dans le sapin
Le nid s’anime, les oisillons n’oublient pas la faim
Le rouge-gorge attend, couve encore de son aile, serein
Avant de s’envoler leur chercher un nécessaire festin

Si le désir monte, son corps impatient ne peut maitriser
Sa faim goulue de l’autre la laisse pantoise, désemparée
Seules ses lèvres posées sur les siennes pourront calmer
Sa belle fièvre d’amoureuse qu’elle veut absolument combler

Dans cette société de dégoulinantes, d’inutiles abondances
Les miséreux, les crève-la-faim vivent loin de l’outrance
Ils se terrent dans de pauvres taudis où parfois la violence
Est le cri désespéré, inaudible de leur triste impuissance

Refuser de prendre la couleur grise d’un mur frontière barbelé
Accepter courageusement encore de tendre la main à l’étranger
Parce que ce pays a de tout temps eu faim de justice, de fraternité
Espérer ensemble qu’il sait toujours pour l’égalité et la liberté voter

 

 

 

Peinture de JonOne :  Liberté, égalité, fraternité

Train de vie

En avril 2014, je commençais l’écriture de ce blog. À l’époque, peu de lecteurs ont découvert ce premier texte.
Je le partage aujourd’hui, à nouveau, avec vous.
Un jour, on prend le train de l’écriture. Le voyage n’est pas de tout repos. Il faut franchir des tunnels ressemblant à des trous noirs. On enjambe des ponts où le vide nous aspire comme une page blanche.
Il n’empêche, on continue en indomptable passionné.
Au gré de ce voyage, on espère toujours croiser le regard d’un lecteur ou d’une lectrice qui ne vous oublie pas et vous sourit.
Merci à vous

 

Train de vie

Cela peut commencer par un train. Toute histoire peut commencer par un train qui part ou qui arrive
Chaque vie raconte son lot de départs, d’arrivées en gare. Mais, l’histoire ne peut pas s’arrêter là, elle file ailleurs
Et pourtant, imagine, imagine ta vie dans le train de la vie
Compartiment 1 : La maternité, au début bien sûr, dans un compartiment aménagé.Tes premiers cris se mêlent aux bruits des rails
Compartiment 2 : Tu grandis, jouant entre les fauteuils, attentif au monde à travers des vitres embuées. Peu à peu, tu remontes le train comme on avance dans la vie
Compartiment 3 : Premiers baisers volés entre deux portes coulissantes, premières étreintes cachées dans des toilettes bruyantes
Compartiment 4 : Il faut te poser, travailler, vivre le train-train quotidien, être un adulte raisonnable
Compartiment 5 : Voilà tu occupes tout l’espace d’un compartiment. Tu t’es installé avec femme, enfants et bagages
Compartiment 6 : Tes mains tremblent sur les accoudoirs. Tu n’as pas vu défiler les gares et le temps est passé
Compartiment 7 : Tu descends du train. Pour toi, c’est la dernière escale. Tes yeux se remplissent de larmes
Sur le quai, tu te retournes pour regarder le train quitter la gare et partir vers l’horizon
Un autre a pris ta place

 

 


Photographie de Ferdinando Scianna

Le fil

Si une hirondelle ne fait pas le printemps
On espère sa venue en secret attendant
L’oiseau sur un fil toujours nous surprend
Il apprivoise le vide en expert, en suspens

Si ses mains ridées s’agitent, fatiguées
Elle saisit encore l’aiguille avec dextérité
Son fil tenu sera piqué pour dessiner
Un motif délicat sur le mouchoir brodé

Si les vagues sont malmenées par le vent
Le soleil au loin agonise sur l’océan
Les nuages s’embrasent comme des amants
Sur une ligne d’horizon, un fil éclatant

Si le mot rétif, insolent s’est encore égaré
Je scrute la cime des arbres pour dérouler
Le fil de ma pensée exsangue ou  embrouillée
Tant pis, je vous laisse un blanc pour le trouver

Si chacun pouvait saisir le fil de son temps
Il revivrait peut-être sa vie, les beaux moments
Ou il effacerait tout pour garder seul le présent
Juste un lien qui brille à la lumière de l’instant