La lectrice sur un banc

La lumière danse entre les arbres
Elle s’invite aussi sur la page
Le vent ébouriffe ses cheveux
Son corps épouse le banc rugueux

Qu’importe les enfants dans le parc
Le couple qui plus loin s’embrasse
Qu’importe le brouhaha de la ville
Le silence descend en elle, tranquille

Elle entre à pas feutrés dans le livre
Elle ouvre des chapitres et s’invite
Elle partage la vie, les instants
De ces autres qu’elle découvre avidement

Au détour d’un mot, elle sait même rire
Ou s’émouvoir comme une femme éprise
Son doigt peut aussi trembler de peur
Sa bouche s’assécher devant tant d’horreur

Dans sa bulle, elle reste suspendue
En apesanteur, comme une funambule
Seuls les mots lui offrent cette liberté
Loin du banc, du parc, de la cité

Mais le crépuscule lentement se dessine
Elle se lève et marche vers les grilles
Sur ses lèvres, un sourire se devine
Car elle est riche d’une heure avec un livre

 

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Celle qui attend de Camille Zabka

Incarcéré pour un contrôle qui a mal tourné, Alexandre va passer plusieurs mois en prison, à Fleury Mérogis. Sa femme Pénélope et sa petite fille Pamina devront l’attendre pendant ses semaines de détention. Le récit tiré d’une histoire vraie est bouleversant. Tout au long des pages, on vit au plus près du héros, de ses heures en prison. Dans ses quelques mètres carrés de cellule, il va tenter chaque jour de supporter le quotidien, le manque des siens, l’ennui. L’auteur sait retranscrire l’univers carcéral fait de rencontres, de violences aussi, d’injustices. Alexandre écrit pour sa femme et pour celle qui l’attend Pamina. Ainsi :  » Il lève les yeux. Un instant infime, tout appliqué qu’il était à écrire, il s’est cru libre  ». Les lettres touchantes ponctuées de dessins, les souvenirs de son histoire d’amour avec sa femme sont comme des parenthèses qui viennent adoucir sa dure réalité.
Le style de Camille Zanka est simple, mais empreint d’émotions, de pudeur comme le héros et de sensibilité. On vit au plus près du personnage et on a qu’une hâte qu’il quitte les murs terribles de la prison pour retrouver ses deux amours.
Au-delà du récit, je pense aussi que l’auteur a voulu nous sensibiliser au sort des détenus. Quel que soit leur faute, leur peine, l’univers carcéral avec son manque de moyens, ses violences peut broyer un individu. Alexandre traversera sa détention non sans souffrance et douleur, peut-être porté par l’amour qui le relie à sa femme et sa fille.
Pénélope et Pamina, elles, resteront en attente, dans cette autre prison, celle du dehors, en sursis.
Je suis entrée facilement dans un récit , émue sûrement comme d’autres lecteurs par le destin d’Alexandre, enfant noir adopté, puis par son histoire avec Pénélope, cette femme d’un autre milieu. On reste dans ce cocon où un homme se souvient de sa vie pour supporter le quotidien où le manque conduit aux pires extrémités. Ce roman est baigné d’une lumière à la fois douce et violente, empreinte de tendresse et d’aspérités.
Je laisse les derniers mots à Pénélope, ou plutôt à l’auteur :
« Elle regarde l’eau sous le pont et, quand elle relève les yeux, il lui semble que c’est toute la ville, le ciel et les nuages qui avancent dans la nuit. »

 

 

 

 

Camille Zabka Celle qui attend chez L’Iconoclaste Roman

À la portée des yeux

À la portée des yeux, l’arc-en-ciel surprend
Le ciel généreux accouche d’un dessin d’enfant
Des hirondelles planent et écrivent devant
Des signes éphémères qui annoncent le printemps

À la portée d’une main, la caresse s’égare
Dans la crinière du cheval qui se cabre
Le laisser fier, trotter comme bon lui semble
Sans brusquer, vivre juste l’instant tendre

À la portée d’une note, un violon frissonne
Au centre de soi, on l’entend qui résonne
Les pétales frémissent d’aise à son écoute
La tulipe mélomane n’en perd pas une goutte

À la portée d’un mot, la rime se fait ingrate
On la cherche en vain, elle sait être scélérate
Malmener les mots pour une lumineuse phrase
Vous offrir seulement un fragment de mon âme

À la portée du cœur, l’enfant que l’on a été
Le reconnaître dans un rire, un souvenir oublié
Il se tapit dans nos rêves ou derrière nos paupières
Et nous murmure, doucement que lui aussi nous aime