Une bulle bleutée

Dans l’espace infini est suspendue la bulle bleutée
Comme un fétu de paille au milieu d’un champ de blé
Sur les clichés, on devine ses fleuves, ses vallées
Le souffle du spationaute pourrait la faire trembler

Seulement la terre a mal à sa nature, à ses océans
Les gaz, les atomes polluent nos peurs, nos poumons
L’a t’on déjà vidé de sa substantifique moelle ?
A t’on fini le vol pour remplir nos poubelles ?

Si nous sommes locataires, on ne paye pas le loyer
Le papier jeté est un vomi qu’on lègue sans pitié
À des enfants qu’on prive sans vergogne d’exister
Sur une planète riche  de sa nature, de sa beauté

Elle se languit déjà de nous, de nous regarder jouer
Exsangue, affaiblie, l’étoile semble moins bleutée
Plus d’eau potable, de pétrole, de gaz, d’électricité
Plus de quoi s’amuser avec nos puissantes cylindrées

Pour certains, ma vision d’apocalypse n’a pas de réalité
Pourtant, des animaux, des plantes ont disparu des contrées
D’une capsule de l’espace, on l’entendra geindre et gronder
Si on ne laisse pas une chance aux enfants de l’admirer

 

Photo de Thomas Pesquet : Le fleuve Dniepr au nord de Kiev

L’art de vieillir sans déranger les jeunes d’Aurore Py

Pour commencer, je tiens à remercier Mass Critique de Babelio et les Éditions de l’aube pour l’envoi de ce livre. Pour ma part, cela a été un plaisir de découvrir un nouveau roman d’Aurore Py après « Les fruits de l’arrière-saison » dont vous pouvez lire un avis sur le site.
Dans ce récit, l’auteur nous emmène dans une maison de retraite, entendez un EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) et nous fait partager la vie et les aventures de quatre mamies un peu singulières. La narratrice, c’est Adèle, une ancienne gériatre, à l’humour ravageur, toujours prête à entraîner dans son sillage ses trois amies, Béatrice, Céleste et Debbie. L’Abécédaire, comme elles se surnomment, décide de mettre en place « Un art de vieillir en restant plaisant, heureux et fréquentable » bien sûr pour ses enfants, mais aussi pour soi-même.
Les aventures qui s’ensuivent sont drôles, voire jubilatoires. Les répliques souvent à l’emporte-pièce donnent beaucoup de vie, d’entrain au récit. On ne voit pas les chapitres passer et on sourit, rit aux péripéties de ce quatuor si attachant. On pourrait croire que cet humour est loin des réalités vécues dans les maisons de retraite, pourtant je pense que l’auteur a voulu nous rappeler que le troisième âge n’est pas forcément lugubre et pesant. Et si ces mamies sont pleines de vie, elles n’en portent pas moins le poids des années et des drames qui ont jalonné leur existence.
Ainsi, Adèle garde au fond d’elle la douleur de la mort d’un être cher, celle dont on ne peut faire le deuil, la perte de son fils. Par petites touches, elle puisera la force de vivre en s’appuyant sur d’autres épaules, en continuant d’aimer. Avec son écriture précise et soignée, Aurore Py sait nous raconter les sentiments tout en pudeur, tout en retenue, tout en poésie.
Je lui laisse les derniers mots :
« L’absence avait la couleur des yeux de Thomas au début d’un chagrin, celle de sa chambre d’enfant après l’une de ses colères, celle de ses accolades avant ses départs en voyage, celle du camion qu’il a fixé en mourant. C’était celle de la mer déchaînée ou du ciel au crépuscule, celle de l’instant suspendu, juste entre l’éclair et le tonnerre, celle du gendarme qui annonce la nouvelle …»

 

 

 

L’art de vieillir sans déranger les jeunes d’Aurore Py aux Editions de l’aube

L’usine

Quand le crépuscule effleure doucement le ciel
Les fourmis travailleuses quittent la ville
Le dôme de l’usine se pare de couleurs pastel
La lumière se dégage comme un vitrail clair
Et rappelle la sérénité oubliée d’une église

Il est loin le temps d’avant, des ouvriers laborieux
Chaque jour, ils pointaient heureux, malheureux
Ils trimaient, transpiraient à la chaleur, silencieux
D’un four, ogre immense qui lançait tous ses feux
Pour fabriquer des petits biscuits au goût précieux

Si l’usine n’existe plus, on l’a ailleurs déplacée
Des robots continuent à pétrir, façonner, biscuiter
À l’ère numérique, des ouvriers dans des ateliers
Surveillent les machines qui savent seules calibrer
Des gâteaux sous plastique pour des enfants affamés

La tour abrite une librairie, un restaurant branché
L’emblème nantais a peut-être englouti son passé
Ce soir, je l’admire du pont enjambant la voie ferrée
Des pigeons planent telles des sentinelles assurées
Et le ciel se déploie autour d’elle pour ne pas l’effacer

 

Photographie l’usine LU de Renan Peron