Le vertige de la ville

Dans les roulements libidineux
Elle gronde, déglutit et vomit
Des bras, des jambes la fuient
La ville court après notre vie

L’asphalte ne réchauffe rien
D’autre que des effluves rances
Toutes ces âmes ne pensent
Qu’à échapper à la ville puante

Au milieu de ses ombres
Ils n’ont pas tout compris
Elle se serre contre lui
Il l’entoure sans bruit

Le parfum de ses cheveux d’or
Exhale un élixir presque interdit
Présage de nouvelles heures
Tous les deux perdus dans la nuit

Elle s’accroche à ses bras
Pour éviter le vertige de la ville
Elle sait pourtant qu’il partira
Avec les bras, les jambes qui fuient

Si la ville nous mange comme une poésie
Digère-la dans ta gorge, dans tes veines
Elle rejaillit toujours dans tes mots en geyser
Elle sombre avec le dernier halo du belvédère



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Lost in translation. Sofia Coppola.







Malamute de Jean-Paul Didierlaurent

Je remercie les Editions Au Diable Vauvert et Babelio pour l'envoi de ce livre. 
Malamute est un beau roman qui révèle le conteur qu'est Jean- Paul Didierlaurent.
Dans le massif des Vosges, Germain, vieil homme bougon voit sa solitude perturbée par l'arrivée de son neveu et d'une jeune fille Emmanuelle installée dans la ferme voisine. Pour l'octogénaire, le passé remonte à la surface avec ses lourds secrets, ses culpabilités que le temps n'a pas effacé. Des années auparavant, les parents d'Emmanuelle, des slovaques,  ont tenté de vivre leur rêve sur le massif de la Voljoux. Ils possédaient trois magnifiques chiens de traîneaux, des Malamutes et avaient espéré pouvoir entreprendre des visites pour touristes.
L'auteur nous transporte dans le passé avec la lecture du journal de Pavlina, la mère d'Emmanuelle et dans le présent, sur ce massif montagneux, au milieu de ces personnages rudes, solides mais aussi terriblement fragiles. Peu à peu, les caractères se façonnent, se découvrent avec leurs failles. Les pages défilent facilement, la lecture est fluide et agréable. L'auteur sait souffler une puissance au récit qui nous transporte sur les hauteurs de ces montagnes, au plus près de cette neige qui va se révéler un autre personnage, le plus incontournable de cette histoire.
La fin fleurte avec le conte fantastique où le Malamute, qui reste une ombre dans ce roman pose la dernière empreinte, signe sa vengeance mais reste aussi l'animal de la rédemption lavant les péchés de l'homme.
Pour terminer, quelques mots empruntés au journal de Pavlina:
" Là où mes amies passaient leurs maigres économies à s'étourdir d'alcool et de danses le week-end, jusqu'à l'abrutissement, j'ai toujours préféré trouver refuge dans les livres. Eux seuls possèdent ce pouvoir fantastique de m'arracher, le temps de la lecture, à la fange dans laquelle je me débats à longueur de journée." 





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Derrière le miroir

Derrière tout ce noir, les couleurs s'animent
les ombres se diluent dans les interstices
Les cauchemars de la nuit s'évanouissent

Le taffetas de la robe comme un océan boit
Toute la tristesse crasse d'hier aux abois
Un nœud coule en rivière sur les os du dos

Le miroir brouille les rides, les cicatrices
Le sourire colle en buvard et s'éternise
Les yeux veillent et de vingt ans rajeunissent

Un talon trépigne en cadence sur le plancher
L'autre attend, espère déjà le macadam mouillé
Tous les deux en avance pour la fête, pour danser

La fenêtre est ouverte sur l'heure des noctambules
À toutes celles qui cherchent encore sous la lune
Un songe, un amour serti de rires, de fortune

J'ai croisé son regard dans la rue déserte
Vous entendez son rire qui peu à peu se perd
On cherche sa silhouette, maintenant elle disparait




  

Peinture Ron Hicks