Les sourires de la pluie

Comme un large front soucieux
Le ciel reste bas, colérique
Aucune lueur au fond des yeux
Aucun soleil même timide

Comme une perfusion sourde
La pluie s’insinue insidieuse
Sous la peau, elle ruse
Et glace le sang visqueux

Comme les battements du cœur
L’onde tombe dru, mécanique
Le jour ressemble à la nuit
Sous l’eau incessante qui frémit

Comme un rire jusqu’aux larmes
Le parapluie danse sur les flaques
Les phares éclaboussent l’écran
Où nos prunelles luisent furtivement

Même si notre âme s’embrume
Même si le spleen s’éternise
Ouvrir ses paumes en calice
Aux sourires de la pluie fine

 

 

Rue et pluie de Germaine Zurdo

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Dans l’arôme d’un café noir

D’un claquement de doigts
D’une rêverie solitaire
D’un rire qu’on retient
Pêle-mêle, le réel s’emmêle
Dans des sphères irréelles

Un chat chausse des lunettes
Récite un livre en expert
Un narcisse ouvre ses pétales
Dans l’arôme d’un café noir
Un cadavre un brin exquis
S’amuse seul dans la nuit
Un ours pas si mal léché apprend
A glisser léger sur un toboggan
Une pieuvre pleure sur la grève
Son tentacule perdu dans la mer
Une étoile s’assoit sur un banc
Oublie le cosmos et savoure le présent
Alice remplace le professeur sévère
Les enfants fêtent un non-anniversaire
Un homme politique slame dans l’hémicycle
Dans le silence, des mots vrais retentissent

D’un soupir résigné, on sait, forcé
Retrouver une prosaïque réalité
Pourtant, il suffit d’un cillement
Pour qu’on s’envole doucement
Sur les ailes d’un oiseau lyre
De l’autre côté du miroir lisse

 

 

Une galette d’écriture

Pour une recette douce, surprenante,
Il nous faut un grand pot en faïence
Plonger la main dans la farine des mots
Délayer les rimes incongrues, les grumeaux

Incorporer une pincée d’articles sucrés
Qui lie la crème rétive de la pensée
Casser l’œuf fragile de l’intelligence
Le blanc disparait à la ligne suivante

Mélanger avec des verbes, des adjectifs
Regarder cette pâte grossir, dubitatif
Faire cuire dans le four de la correction
Surveiller si le drôle de gâteau tient bon

Dresser une nappe dentelée de virgules
Disposer des verres de figures de style
Vous inviter devant votre écran pour goûter
Peut-être que vous lirez et vous aimerez

Ne pas oublier, nous ne sommes pas seuls
La poésie se partage toujours à plusieurs
Cacher une petite fève de fin dans un coin
Ma patte d’écriture vous sourit de loin