La plainte

Sur son imperméable informe, fatigué
Des traces de sang, de boue, séchées
Elle marche les épaules courbées
Trébuche encore de peur sur le pavé

Elle pousse la porte d’un geste las
Les néons brillent dans le commissariat
Un homme se tient debout juste là
Il la regarde longuement, il l’écoutera

Son œil tuméfié dans la clarté blanche
Reflète l’horreur de la violence
Ses mains se tordent comme des branches
Et se serrent, à deux, tremblantes

Entre ses silences et ses murmures
Entre ses doutes et sa peur diffuse
Pour nettoyer cette infinie souillure
Pour ne plus entendre celle qui hurle

Dans la nuit noire, elle raconte
Elle remonte ce fil qui la ronge
Dans ses entrailles, comme une bombe
Dans son ventre, une bête immonde

Ici, elle trouve les mots pour dire
Ici, sa plainte s’écrit sur des lignes
Elle croit en la police, en la justice
Comme les  bouées encore possibles

Si la parole ne peut jamais cautériser
La plaie béante d’une femme violentée
Son cœur meurtri bat moins ensanglanté
Elle sort et marche les épaules relevées

 

 

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Le retour du Belem

Des bars de nuit des quais de La Fosse
De la corne d’un énorme éléphant
D’une table du Hangar à Bananes
On l’attend

Ses trois mâts s’érigent vers le ciel
Il se drape dans sa voilure qui claque
Et danse sur les flots boueux de la Loire
Fascinant

Le Belem a traversé les mers d’Écosse
D’autres escales, d’autres océans
Il en garde la mémoire salée
Sur les flancs

Comme un ancêtre vénérable
Il revient panser ses blessures
Avant de traverser les ans
Insolent

Son port d’attache le retient
Le fleuve l’enserre, le caresse
Nantes, la belle endormie, se réveille
Amoureusement

Une petite fille sur le ponton
Lève les yeux vers le gréement
Laissons la avec ses envies d’ailleurs
Son rêve blanc

 

 

 

 

Fin octobre, le Belem est de retour à Nantes

Tu seras ma beauté de Gwenaële Robert

Pour commencer, je remercie Mass Critique de Babelio et les Éditions Robert Laffont pour l’envoi de ce roman. « Tu seras ma beauté » raconte une très jolie histoire. À Saumur, Lisa, une professeure de sport au physique avantageux, souhaite séduire un auteur à succès croisé sur un salon. Pour arriver à ses fins, elle demande à une collègue de littérature, Irène, de lui écrire des lettres dans l’espoir de le rencontrer. Irène, jeune femme terne et effacée, férue de littérature et amoureuse des mots, va trouver dans cette correspondance une échappatoire à son ennui et plus encore. Personnage central, Irène devient la pierre angulaire de ce trio.
Un moment, en nostalgique des Liaisons dangereuses, j’ai attendu un roman épistolaire qui n’est pas venu. Il n’empêche, ce livre fourmille de références à la littérature. L’auteur dresse un portrait précis de son héroïne, Irène. On suit ses tourments, ses errements et sa douleur. Il se dégage de ce roman un charme suranné, une mélancolie qui transparaît à travers les mots et qui reflète si bien la mélancolie de l’héroïne. Dans cet univers provincial, balzacien, où l’ennui rythme le quotidien, la lecture des classiques puis l’échange épistolaire deviennent pour cette femme les seules raisons de vivre. Dans cette correspondance, s’écrit une passion amoureuse touchante et impossible. Car l’imposture volera en éclat quand elle sera en prise avec la réalité.
L’auteur sait fort bien sonder l’âme humaine et nous emmener dans les entrelacs des maux de son Irène. On souhaite la suivre jusqu’au dénouement prévisible sans doute même si un certain suspense reste entretenu dans les derniers chapitres. Car Irène devient la muse de son auteur. L’être de chair se métamorphose en être de papier. Et l’amour impossible se sublime, se cristallise dans la littérature. En refermant ce livre, je n’ai pu m’empêcher de penser en souriant qu’un lecteur, une lectrice est peut-être toujours la muse inconsciente d’un auteur. Comme un fil ténu et imaginaire qui se tisse entre celui qui écrit et celui qui le lira. Cette histoire, tout en délicatesse, qui ne reste qu’une histoire de mots.
« Tu seras ma beauté » est un roman pour les amoureux de la littérature. Pour ceux qui en connaissent ses joies et ses limites.
Pour terminer, je laisse les derniers mots à l’auteur :
« Et cette vérité, énoncée par lui, et qui devient certitude : la vie est la preuve que la littérature ne suffit pas. »

 

Tu seras ma Beauté de Gwenaële Robert aux Éditions Robert Laffont