Un petit gavroche

Petit, il n’était qu’un mioche
Qui mangeait trop de brioches

Ses hardes sales en effiloche
Il usait ses vieilles galoches

Jamais quelques sous en poche
Pour pouvoir rêver au cinoche

Un litron de rouge dans sa sacoche
Pour se défendre, une grosse pioche

Les gens le nommaient pauvre cloche
Et le huaient de faux reproches

Sa mère donnait de dures taloches
Sur sa vide et creuse caboche

Pas d’amis, personne de proche
Pour sourire à la vie trop moche

Bientôt, il finira au tournebroche
Le petit gars, le petit gavroche

 

Aux heures d’été

Quand les heures s’allongent
Sous la torpeur de l’été
À l’ombre d’une chaise longue
Revivre un temps oublié

Souvenirs lointains de la plage
Des coquillages piquant les pieds
D’un trop fragile château de sable
D’une pauvre pêche dans les rochers

Sous la voûte des étoiles
Un feu de camp improvisé
Un air entraînant à la guitare
Des rires et des baisers volés

Une promenade sur les remblais
Une crêpe au goût de beurre salé
Un chalutier qui rentre au port
Un goéland sur le clocher

Dans la malle de nos souvenirs
Comme de curieuses pantomimes
L’enfance et la jeunesse s’animent
Juste une réminiscence, un sourire

Un vent espiègle tourne les pages
Du livre qui attend sur la terrasse
Qu’importe, je voulais vous écrire
Aux heures d’été, à l’air doux des mots

 

Robert Doisneau , La plage à Penestin

Au ralenti

Laisser la rime s’enfuir
Entre les blancs
Derrière les mots
Garder le rythme
Un pas chaloupé
Sur le fil de l’encre
En équilibre

Enlacer le temps
Un instant dans la paume
Une seconde d’éternité
Un souffle de vie
Un cœur écrit
Un tapement sec
Sur le clavier

Regarder le monde
Des marionnettes en cravate
Des grondements, des armes
Enfants silencieux
Courent entre les ruines
Sur une terre poudrière
Où le soleil perd son Orient

Accompagner le vent
Sur la cime de l’arbre
Avec l’oiseau en partance
Un grain de blé
Une minuscule étoile
Qui entend ses frôlements
Et l’attend

Sentir l’odeur
Les relents de la terre
Après la pluie d’orage
Chaleur sur la peau
Comme une lourdeur
Vivre l’été au ralenti
Et oublier

Rêver encore
Un songe couché
Sur du papier
Vous apercevoir
Avec moi, en attente
Une émotion sans mot
Sans fin