Le retour du Belem

Des bars de nuit des quais de La Fosse
De la corne d’un énorme éléphant
D’une table du Hangar à Bananes
On l’attend

Ses trois mâts s’érigent vers le ciel
Il se drape dans sa voilure qui claque
Et danse sur les flots boueux de la Loire
Fascinant

Le Belem a traversé les mers d’Écosse
D’autres escales, d’autres océans
Il en garde la mémoire salée
Sur les flancs

Comme un ancêtre vénérable
Il revient panser ses blessures
Avant de traverser les ans
Insolent

Son port d’attache le retient
Le fleuve l’enserre, le caresse
Nantes, la belle endormie, se réveille
Amoureusement

Une petite fille sur le ponton
Lève les yeux vers le gréement
Laissons la avec ses envies d’ailleurs
Son rêve blanc

 

 

 

 

Fin octobre, le Belem est de retour à Nantes

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La lectrice

Sur la page, les mots glissent
Ils retiennent un peu d’elle
Comme des baisers si doux
Ils l’enlacent sans bruit

Dans cette clarté blanche
Le livre l’éclaire, tendre
Il offre à son visage
Une beauté réfléchissante

Qu’importe l’inconnu
Qui rentre avec le vent
Elle vit avec cet autre
Sur la route de ses mots

Aimer celui qu’on lit
Le caresser de ses doigts
Rouler dans ses draps
Le suivre page à pas

Qu’importe le monde
qui gronde dans la rue
On le retrouve toujours
Il faut lever les yeux

Dans le café désert
Elle en oublie sa tasse
Buvant l’encre des lettres
Goûtant le plaisir nouveau

Seulement le jour la happe
Elle coiffe  son chapeau
Le livre  au chaud dans son sac
Ils disparaissent dans le métro

Pourtant, sur l’ombre du tabouret
La trace danse encore
De la lectrice accompagnée
De ses amants, les mots

 

 

Une page blanche

Danser sur le fil des mots
Retrouver un ancien tempo
Suivre une musique intérieure
Juste une virgule, juste une heure

Effleurer du doigt la page blanche
Apprivoiser une angoisse oppressante
Dessiner du doigt des arabesques noires
Libérer des signes chargés d’histoires

Souffler des braises sur la pensée
La triturer longuement, la malmener
Épouser seulement le doux présent
L’inscrire à l’infini dans le temps

Se jouer des lignes, piéger la rime
Juste une saine liberté qu’on exprime
Rire de soi comme un lointain adolescent
On oublie son sérieux quand on a dix-sept ans

Rejoindre la haute cime de l’arbre
Entendre ses bruissements sur la page
Rêver encore, effacer les soucis
Ils arrivent aussi vite qu’un lundi

Chuchoter ses mots à votre oreille
Je vous entends me répondre presque
Écrire n’est qu’un simple silence
Qui se noie dans une page blanche

 

 

 

Graff à l’ancienne maison d’arrêt  pendant l’exposition d’artistes du Voyage à Nantes