Neiges

Sur le désert blanc, son ombre se devine
Ses branches en corolle se cristallisent
L’arbre s’enracine fier toujours en vie
Si la neige ralentit son pouls, il survit

La mésange picore sans relâche les graines
Ses pattes dansent sur le rebord de la fenêtre
Si les flocons de neige arrêtent son manège
Elle lisse son plumage, mécontente, rebelle

Le matin, dans les forêts, dans les prés,
Un renard, une bécasse, une biche, un sanglier
Dessinent des empreintes délicatement brodées
Par une neige poudreuse qui sait les apprivoiser

Sur la vitre, une étoile translucide glisse
Mon doigt ne peut retenir son infime sillage
Le bijou neigeux vit l’espace d’une grâce
Le flocon reste le rêve d’une goutte de glace

L’hiver, imprévisible intrus, jette sur nos vies
Un manteau épais et mélancolique de neige
Au-dehors, il fait froid, demain, il gèle
Chut, inventons un soleil d’espérance pérenne

 

 

Photo de Vassilis Tangoulis

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La griffure

Sur la table, la plume glisse
Accroche la peau lisse des mots
Griffe la page vierge, innocente
Retient la morsure des maux

L’arbre s’est à peine penché
Une griffure saigne son écorce
L’entourer longtemps de ses bras
Sentir sa sève qui bat encore

Sa patte griffe, au sang, brutale
Si on bouscule son sommeil
Le chat sauvage se rebelle
Et s’enfuit rejoindre les étoiles

Sur l’étoffe soyeuse, chatoyante
De mille couleurs, de nuances
L’aiguille experte griffe un signe
Pour la robe parfaite, unique

Sur le mur, une photo jaunie
Rappelle un souvenir, un ami
La griffure d’un passé fini
Fait couler des larmes de vie

Si L’écriture est une griffure
Qui vient de si loin, de l’enfance
Elle cicatrise dans cet instant
Où vous m’offrez un pansement

 

 

La plainte

Sur son imperméable informe, fatigué
Des traces de sang, de boue, séchées
Elle marche les épaules courbées
Trébuche encore de peur sur le pavé

Elle pousse la porte d’un geste las
Les néons brillent dans le commissariat
Un homme se tient debout juste là
Il la regarde longuement, il l’écoutera

Son œil tuméfié dans la clarté blanche
Reflète l’horreur de la violence
Ses mains se tordent comme des branches
Et se serrent, à deux, tremblantes

Entre ses silences et ses murmures
Entre ses doutes et sa peur diffuse
Pour nettoyer cette infinie souillure
Pour ne plus entendre celle qui hurle

Dans la nuit noire, elle raconte
Elle remonte ce fil qui la ronge
Dans ses entrailles, comme une bombe
Dans son ventre, une bête immonde

Ici, elle trouve les mots pour dire
Ici, sa plainte s’écrit sur des lignes
Elle croit en la police, en la justice
Comme les  bouées encore possibles

Si la parole ne peut jamais cautériser
La plaie béante d’une femme violentée
Son cœur meurtri bat moins ensanglanté
Elle sort et marche les épaules relevées