Une bulle bleutée

Dans l’espace infini est suspendue la bulle bleutée
Comme un fétu de paille au milieu d’un champ de blé
Sur les clichés, on devine ses fleuves, ses vallées
Le souffle du spationaute pourrait la faire trembler

Seulement la terre a mal à sa nature, à ses océans
Les gaz, les atomes polluent nos peurs, nos poumons
L’a t’on déjà vidé de sa substantifique moelle ?
A t’on fini le vol pour remplir nos poubelles ?

Si nous sommes locataires, on ne paye pas le loyer
Le papier jeté est un vomi qu’on lègue sans pitié
À des enfants qu’on prive sans vergogne d’exister
Sur une planète riche  de sa nature, de sa beauté

Elle se languit déjà de nous, de nous regarder jouer
Exsangue, affaiblie, l’étoile semble moins bleutée
Plus d’eau potable, de pétrole, de gaz, d’électricité
Plus de quoi s’amuser avec nos puissantes cylindrées

Pour certains, ma vision d’apocalypse n’a pas de réalité
Pourtant, des animaux, des plantes ont disparu des contrées
D’une capsule de l’espace, on l’entendra geindre et gronder
Si on ne laisse pas une chance aux enfants de l’admirer

 

Photo de Thomas Pesquet : Le fleuve Dniepr au nord de Kiev

L’usine

Quand le crépuscule effleure doucement le ciel
Les fourmis travailleuses quittent la ville
Le dôme de l’usine se pare de couleurs pastel
La lumière se dégage comme un vitrail clair
Et rappelle la sérénité oubliée d’une église

Il est loin le temps d’avant, des ouvriers laborieux
Chaque jour, ils pointaient heureux, malheureux
Ils trimaient, transpiraient à la chaleur, silencieux
D’un four, ogre immense qui lançait tous ses feux
Pour fabriquer des petits biscuits au goût précieux

Si l’usine n’existe plus, on l’a ailleurs déplacée
Des robots continuent à pétrir, façonner, biscuiter
À l’ère numérique, des ouvriers dans des ateliers
Surveillent les machines qui savent seules calibrer
Des gâteaux sous plastique pour des enfants affamés

La tour abrite une librairie, un restaurant branché
L’emblème nantais a peut-être englouti son passé
Ce soir, je l’admire du pont enjambant la voie ferrée
Des pigeons planent telles des sentinelles assurées
Et le ciel se déploie autour d’elle pour ne pas l’effacer

 

Photographie l’usine LU de Renan Peron

 

Rien

Petit rien du jardin malmené par le vent
Bouton d’or poussé sans-souci du lendemain
Le menu cœur jaune oscille comme un pantin
Quand la coccinelle s’invite en son écrin

Feu follet léger dans la lumière du matin
Le moustique tournoie comme un petit rien
Il oublie l’heure du soir qui vite vient
Et la pipistrelle qui cherche son festin

Comme une vague lourde, l’amour l’a engloutie
Elle le caresse de ses yeux timides, imprécis
À cette heure, elle ne sait plus rien que lui
Son désir en houle langoureuse la poursuit

Rien qu’un seul mot tourne dans l’air du soir
On le murmure avant de l’écrire sur la page
D’autres se bousculent pour prendre leur place
La farandole s’harmonise, s’unit sans le savoir

Loin de nos vies pesantes parfois cruelles
S’il n’était rien de plus beau, essentiel
Qu’une main posée sur la sienne, aérienne
Le sourire d’un enfant innocent, éternel