Au bout du chemin de Cetro

Dans un mouroir, Frank, un presque centenaire vit en sursis, engoncé dans sa solitude. On penserait presque qu’il attend la mort qui le délivrera de ses jours ternes et tristes seulement entrecoupés des reniflements et ennuis gastriques de son voisin de chambre Patrick. L’arrivée de Camille, une jeune femme, venue le sortir de son isolement va tout changer. Devant elle, le lecteur et Patrick, miraculeusement réveillé, Frank va raconter l’été de ses douze ans et peu à peu le vieil homme va retrouver le goût de la vie.
Avec une écriture simple, sans fioritures, Cetro narre en parallèle ces deux récits. Et le naufrage de la vieillesse se dilue dans la mémoire d’une enfance à la campagne d’abord heureuse puis dramatique. Frank grandit dans une famille aimante au milieu des animaux de la ferme avec son jeune frère Anthony. Il y a une vraie fraîcheur dans ses souvenirs empreints de tendresse, d’humour, de nostalgie aussi.
L’auteur n’hésite pas à nous décrire les dérives d’une société de consommation déshumanisante, la cruauté des abattoirs industriels et la dureté des patrons comme des décisions de justice. Sa vision peut parfois sembler simpliste, voire manichéenne. Pourtant, on ne peut s’empêcher de trouver une vraie sincérité dans ses propos. Et les drames qui vont se nouer vont forger la personnalité d’un enfant, d’un adulte et d’un vieillard libre et plein de qualités humaines.
« Au bout du chemin » est aussi un roman sur la transmission, celle que l’on doit à nos enfants, celle du temps d’avant. Un temps où les générations cohabitaient dans le respect, une époque où les animaux de la ferme participaient à la vie et n’étaient pas de simples viandes pour nourrir sous cellophane des consommateurs sans appétit. Et la morale de ce livre, que je me permets d’apparenter à une fable, c’est que bien sûr le bonheur n’est pas dans l’avoir et l’accumulation des richesses, mais bien dans l’être, cet être humain proche de ses semblables et des animaux qu’il respecte.
C’est un roman de la simplicité et si on n’a pas oublié l’innocence de son enfance, celle qui reste tapie au fond de soi, on le termine avec beaucoup d’émotions.

 

 

 

Au bout du chemin de Cetro

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Rien

Petit rien du jardin malmené par le vent
Bouton d’or poussé sans-souci du lendemain
Le menu cœur jaune oscille comme un pantin
Quand la coccinelle s’invite en son écrin

Feu follet léger dans la lumière du matin
Le moustique tournoie comme un petit rien
Il oublie l’heure du soir qui vite vient
Et la pipistrelle qui cherche son festin

Comme une vague lourde, l’amour l’a engloutie
Elle le caresse de ses yeux timides, imprécis
À cette heure, elle ne sait plus rien que lui
Son désir en houle langoureuse la poursuit

Rien qu’un seul mot tourne dans l’air du soir
On le murmure avant de l’écrire sur la page
D’autres se bousculent pour prendre leur place
La farandole s’harmonise, s’unit sans le savoir

Loin de nos vies pesantes parfois cruelles
S’il n’était rien de plus beau, essentiel
Qu’une main posée sur la sienne, aérienne
Le sourire d’un enfant innocent, éternel

 

 

La fuite

Vers les sous-bois, à travers la campagne à découvert
La flèche rousse court sans fin, sa fuite reste légère
Bredouilles, ils gardent leur fusil en bandoulière
Car le renard sait les berner pour retrouver sa tanière

Dans l’atelier, le peintre fatigué essuie ses pinceaux
La toile blanche attend rebelle, sourde à ses invocations
Il doit tracer le point de fuite pour créer son tableau
Cette ligne invisible traversant l’espace vers l’horizon

Si nous changions, bouleversions nos modes de pensées
Pour accueillir avec bienveillance ensemble les réfugiés
Leur fuite de survivants ne serait plus un enfer désespéré
Ils accosteraient en paix sur notre âme riche d’humanité

Sur la pente des âges, le temps ne suspend jamais son vol
Notre fuite en avant ressemble souvent à une course folle
Notre passé se mèle à notre silhouette voutée, implacable
Notre avenir est pavé de désirs lointains et improbables

Peut-être que ces instants tracés ont effacé le court présent
Peut-être que mon sourire s’est dessiné en fuite sur votre écran