Tu seras ma beauté de Gwenaële Robert

Pour commencer, je remercie Mass Critique de Babelio et les Éditions Robert Laffont pour l’envoi de ce roman. « Tu seras ma beauté » raconte une très jolie histoire. À Saumur, Lisa, une professeure de sport au physique avantageux, souhaite séduire un auteur à succès croisé sur un salon. Pour arriver à ses fins, elle demande à une collègue de littérature, Irène, de lui écrire des lettres dans l’espoir de le rencontrer. Irène, jeune femme terne et effacée, férue de littérature et amoureuse des mots, va trouver dans cette correspondance une échappatoire à son ennui et plus encore. Personnage central, Irène devient la pierre angulaire de ce trio.
Un moment, en nostalgique des Liaisons dangereuses, j’ai attendu un roman épistolaire qui n’est pas venu. Il n’empêche, ce livre fourmille de références à la littérature. L’auteur dresse un portrait précis de son héroïne, Irène. On suit ses tourments, ses errements et sa douleur. Il se dégage de ce roman un charme suranné, une mélancolie qui transparaît à travers les mots et qui reflète si bien la mélancolie de l’héroïne. Dans cet univers provincial, balzacien, où l’ennui rythme le quotidien, la lecture des classiques puis l’échange épistolaire deviennent pour cette femme les seules raisons de vivre. Dans cette correspondance, s’écrit une passion amoureuse touchante et impossible. Car l’imposture volera en éclat quand elle sera en prise avec la réalité.
L’auteur sait fort bien sonder l’âme humaine et nous emmener dans les entrelacs des maux de son Irène. On souhaite la suivre jusqu’au dénouement prévisible sans doute même si un certain suspense reste entretenu dans les derniers chapitres. Car Irène devient la muse de son auteur. L’être de chair se métamorphose en être de papier. Et l’amour impossible se sublime, se cristallise dans la littérature. En refermant ce livre, je n’ai pu m’empêcher de penser en souriant qu’un lecteur, une lectrice est peut-être toujours la muse inconsciente d’un auteur. Comme un fil ténu et imaginaire qui se tisse entre celui qui écrit et celui qui le lira. Cette histoire, tout en délicatesse, qui ne reste qu’une histoire de mots.
« Tu seras ma beauté » est un roman pour les amoureux de la littérature. Pour ceux qui en connaissent ses joies et ses limites.
Pour terminer, je laisse les derniers mots à l’auteur :
« Et cette vérité, énoncée par lui, et qui devient certitude : la vie est la preuve que la littérature ne suffit pas. »

 

Tu seras ma Beauté de Gwenaële Robert aux Éditions Robert Laffont

Publicités

Éphémères

Je suis ravie de vous annoncer la publication d’Éphémères.
Ce recueil rassemble mes textes poétiques
Comme un artisan, j’ai peaufiné au mieux cet écrin de mots pour vous le proposer en édition papier.
Il est disponible pour l’instant  sur le site lulu.com.
Je peux aussi vous envoyer un exemplaire via la rubrique contact.
J’espère qu’il vous plaira.
Merci pour vos lectures, partages et commentaires.

Magie de l’instant, plaisir de partager des émotions éphémères.
Ces fragments poétiques sont des prismes qui se dévoilent par petites touches. Les mots s’entrelacent pour nous révéler la beauté de la nature, la splendeur des saisons.
La vie et le monde miroitent dans les yeux. L’écriture et la lecture offrent un rendez-vous avec soi et avec les autres.
Éphémères est un simple bouquet de murmures poétiques, un voyage à fleur de mots.

 

Éphémères est disponible sur Lulu.com :

http://www.lulu.com/spotlight/valaire44

Désobéir de Frédéric Gros

Pour commencer, je remercie les Éditions Albin Michel et Mass Critique de Babelio pour l’envoi de ce livre. Cet essai philosophique se lit avec beaucoup d’intérêt et se révèle sous bien des aspects passionnant. Pour étayer son propos, l’auteur décortique, analyse différents travaux d’autres penseurs et prend aussi des exemples dans les grandes figures de l’obéissance et de la désobéissance qui ont jalonné les siècles. C’est intelligent, instructif. Frédéric Gros fait appel à Michel Foucault, Hannah Arendt, La Boétie, Socrate et beaucoup d’autres….
Il part du constat que ce monde va mal, que les inégalités se creusent, que l’environnement se dégrade et qu’un nouveau capitalisme sclérose la société. Il est temps de créer une démocratie critique. Il est temps que l’individu trouve un soi politique.
Dans un va-et-vient perpétuel, Frédéric Gros abordera l’obéissance et la désobéissance, l’un n’allant pas sans l’autre, l’un justifiant l’autre. L’esclave obéit aux ordres du système, parfois, aux injonctions d’un seul homme quand bien même il serait tyran. L’obéissance fait partie de la foi chrétienne dans le sens où elle sert l’humilité, la sujétion voire l’abnégation.
Antigone est à la fois un emblème de la désobéissance, désobéissance à Créon mais aussi de l’obéissance à un ordre plus profond celui de la famille. La fille d’Œdipe aura la volonté d’enterrer coûte que coûte son frère. Elle fera face aux hommes, féministe avant l’heure.
L’auteur développe aussi ce que Hannah Arendt nomme « La bêtise d’Eichmann », cette volonté de surobéir qui fera de cet individu, celui qui ne veut pas savoir, qui entretiendra la monstrueuse banalité du Mal.
Thoreau, refuse de payer ses impôts, refuse d’obéir à la règle commune. C’est l’exigence d’une conscience qui le porte, la conception d’un « moi indélégable ». La dissidence civique, l’objection de conscience participent de ce moi qui décide. Cette notion de « moi indélégable » va soutendre toute la fin de l’essai de Frédéric Gross. Car désobéir devient un acte responsable, éthique, une recherche de soi. La pensée philosophique, comme la volonté perpétuelle d’atteindre la vérité, nous mène vers la désobéissance.
Ma lecture est sans doute partielle, car ce livre est loin d’être superficiel. Il demande analyse, il bouscule, sûrement, dans nos à priori si faciles. En tout cas, il m’a amené plusieurs réflexions sur notre société et c’est peut-être l’un de ses objectifs.
À l’heure où on voit la faillite des grandes idéologies, communisme, socialisme, la démocratie semble en péril. Même le capitalisme effréné ne peut satisfaire qu’une poignée d’individus nantis. La désobéissance civique ne se remarque-t-elle pas dans ces formidables taux d’abstention aux différentes élections ? L’économie est devenue le fer de lance du politique. Tout se joue à coût d’indices de croissance, de taux de chômage et autres signes économiques qui nous enferment dans notre impuissance. On voit surgir quelques mouvements sporadiques de résistances, Nuits Debouts, ZAD et autres partis que certains considèrent comme populistes, mais pour la plupart, nous acceptons un État conduit par des élites qui sont sensées nous représenter. Aujourd’hui, si on parle d’une révolution, c’est celle du numérique. Dans cette société hyperconnectée, le tweet résume souvent une pensée politique, la communication se fait par écran interposé sans analyse, avec son cortège de frustrations et de mensonges. Un retour sur soi n’est-il pas salutaire, voire nécessaire ?
Vivre un soi politique qui serait avant tout une quête de sens individuelle, une remise en cause personnelle pour bien sûr envisager le collectif. Ne pas avoir peur de sa liberté, refuser son obéissance, penser sa désobéissance. Cela demande, avant tout, un travail sur soi. Ainsi ce mouvement participe à l’autre et de l’autre et il entre dans une dynamique collective.
Dans ce monde et pour ce monde, nous avons besoin d’espérance. Cette espérance nous la puiserons en nous-mêmes. Elle déterminera notre résistance, nos désobéissances et peut-être de nouveaux horizons politiques.
Pour terminer, je vous laisse cette phrase de Frédéric Gros qui suggère beaucoup. Même sortie de son contexte, elle reste une belle pensée philosophique :
« Ce que l’on partage vraiment, ce n’est ni l’ignorance ni le savoir, c’est une exigence de vérité. »

 

 

Désobéir de Frédéric Gros aux Editions Albin Michel ( à paraître en septembre 2017)