Se réconcilier avec le vivant de Nicolas Thierry

Je remercie Mass Critique de Babelio pour la lecture de ce livre. Nicolas Thierry est un élu vert de la région Nouvelle Aquitaine et lors de quelques jours de vacances avec des amis, il va confronter sa vision écologique avec celles de ses camarades. Dans son récit, les avis s’opposent sur les grandes questions écologiques même si la conception de l’auteur prédomine. À l’heure où l’écologie devient une préoccupation majeure qui dépasse le cadre politique, il est intéressant de lire, de mieux s’informer à travers ces pages.
Ainsi Nicolas Thierry envisage la disparition des animaux comme l’enjeu essentiel qui doit nous occuper. L’homo sapiens, restant qu’une espèce parmi les autres, sa survie ne dépendra que de celles des autres. Que ce soit les espèces animales que nous connaissons tous, mais aussi celles soi-disant ordinaires qui peuplent nos campagnes. À la lecture, il me semble même que Nicolas Thierry en fait un préalable par rapport à la lutte contre le réchauffement climatique. L’auteur aborde bien des questions, comme l’importance d’une agriculture en dehors des lobbies, qui ne serait plus noyautée par son puissant syndicat, une agriculture proche de la nature, vivant à son rythme, loin de la productivité de masse. La technologie, souvent considérée comme une fin en soi n’est qu’un leurre qui ne pourra pas changer radicalement le mouvement de destruction.
Même si les livres comme les discours politiques semblent oublier les préoccupations que l’on peut avoir, j’ai apprécié dans ce récit une certaine simplicité, une vraie sincérité du propos qui bannit la  » langue de bois » que l’on peut connaître.
L’auteur n’hésite pas à revenir sur la sémiologie, les mots que l’on emploie, leur sens galvaudé :  » environnement, exploitation ». Comme si, nous étions forcément supérieurs, nous excluant volontairement de cette Nature. Et pourtant… On le sait la facture est salée et le sera encore plus, pour écrire familièrement. Il n’y aura pas de retour en arrière possible. Les générations futures n’auront malheureusement pas la chance de côtoyer certaines espèces d’oiseaux, d’insectes, de poissons, elles devront affronter les conséquences de l’activité humaine et de son exploitation de la Nature. Il y a un certain fatalisme dans les propos de l’homme politique, peut-être celui d’un élu qui se bat contre le profit, l’argent et ses acolytes. Il n’empêche son combat mérite plus que notre attention. C’est aussi le notre pour notre survie.
Je laisse les derniers mots à l’auteur :
 » Cultiver une relation apaisée et bienveillante avec les autres formes de vie est notre fil d’Ariane pour que cet avenir déshumanisé n’advienne pas. »

 

 

 

Se réconcilier avec le vivant, Nicolas Thierry, Rue de L’échiquier

 

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La lectrice sur un banc

La lumière danse entre les arbres
Elle s’invite aussi sur la page
Le vent ébouriffe ses cheveux
Son corps épouse le banc rugueux

Qu’importe les enfants dans le parc
Le couple qui plus loin s’embrasse
Qu’importe le brouhaha de la ville
Le silence descend en elle, tranquille

Elle entre à pas feutrés dans le livre
Elle ouvre des chapitres et s’invite
Elle partage la vie, les instants
De ces autres qu’elle découvre avidement

Au détour d’un mot, elle sait même rire
Ou s’émouvoir comme une femme éprise
Son doigt peut aussi trembler de peur
Sa bouche s’assécher devant tant d’horreur

Dans sa bulle, elle reste suspendue
En apesanteur, comme une funambule
Seuls les mots lui offrent cette liberté
Loin du banc, du parc, de la cité

Mais le crépuscule lentement se dessine
Elle se lève et marche vers les grilles
Sur ses lèvres, un sourire se devine
Car elle est riche d’une heure avec un livre

 

Celle qui attend de Camille Zabka

Incarcéré pour un contrôle qui a mal tourné, Alexandre va passer plusieurs mois en prison, à Fleury Mérogis. Sa femme Pénélope et sa petite fille Pamina devront l’attendre pendant ses semaines de détention. Le récit tiré d’une histoire vraie est bouleversant. Tout au long des pages, on vit au plus près du héros, de ses heures en prison. Dans ses quelques mètres carrés de cellule, il va tenter chaque jour de supporter le quotidien, le manque des siens, l’ennui. L’auteur sait retranscrire l’univers carcéral fait de rencontres, de violences aussi, d’injustices. Alexandre écrit pour sa femme et pour celle qui l’attend Pamina. Ainsi :  » Il lève les yeux. Un instant infime, tout appliqué qu’il était à écrire, il s’est cru libre  ». Les lettres touchantes ponctuées de dessins, les souvenirs de son histoire d’amour avec sa femme sont comme des parenthèses qui viennent adoucir sa dure réalité.
Le style de Camille Zanka est simple, mais empreint d’émotions, de pudeur comme le héros et de sensibilité. On vit au plus près du personnage et on a qu’une hâte qu’il quitte les murs terribles de la prison pour retrouver ses deux amours.
Au-delà du récit, je pense aussi que l’auteur a voulu nous sensibiliser au sort des détenus. Quel que soit leur faute, leur peine, l’univers carcéral avec son manque de moyens, ses violences peut broyer un individu. Alexandre traversera sa détention non sans souffrance et douleur, peut-être porté par l’amour qui le relie à sa femme et sa fille.
Pénélope et Pamina, elles, resteront en attente, dans cette autre prison, celle du dehors, en sursis.
Je suis entrée facilement dans un récit , émue sûrement comme d’autres lecteurs par le destin d’Alexandre, enfant noir adopté, puis par son histoire avec Pénélope, cette femme d’un autre milieu. On reste dans ce cocon où un homme se souvient de sa vie pour supporter le quotidien où le manque conduit aux pires extrémités. Ce roman est baigné d’une lumière à la fois douce et violente, empreinte de tendresse et d’aspérités.
Je laisse les derniers mots à Pénélope, ou plutôt à l’auteur :
« Elle regarde l’eau sous le pont et, quand elle relève les yeux, il lui semble que c’est toute la ville, le ciel et les nuages qui avancent dans la nuit. »

 

 

 

 

Camille Zabka Celle qui attend chez L’Iconoclaste Roman